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TROISIESME LIEU
raisins attachés deux à deux avec du filet,puis posés sur des petits bastons traver-sans en plusieurs rengées l’intérieur dutonneau ; et par dessus verser du milletjusqu’à en avoir rempli le tonneau, parce moyen estans les raisins maintenusfreschement, frès et entiers, les en tire-rés avec admiration jusques à Pasques,et plus tard (94)-
Antiques Les Anciens y faisoient bien d’autrescZZJ°l r s mystères. Ils trempoient la queue desra isins dans de la poix fondue , inconti-nent après les avoir couppés du cep : oules lavoient avec de l’eau de mer, ou dela saumeure. Aucuns gardoient les raisinsdans des petits vases de terre, à chacuny enfermant un seul raisin , lequel sansestre couppé du cep, y demeuroit frèset entier jusqu’au printemps, en affer-missant le vase joignant ledict cep , parbonnes attaches, contre les injures destemps : tout d’une main cimentans l’en-trée des raisins, et si bien, que vent nihumidité aucune n’y peusse entrer. Au-tres les conservoient dans les tonneaux,parmi la farine d’orge : ou des cieures dubois de peuplier, ou de celui d’avet (9 5 ).Encores aucuns y prenoient plus depeine : c’est qu’ils pendoient des raisinsdans des tonneaux posés debout à leurmode, sur des bastons traversans l’inté-rieur des tonneaux, au fond desquels ymettoient un pied de vin-cuit, sans tou-cher aux raisins, mais fort près d’iceux,l’odeur duquel les conservoit sains et en-tiers , jusqu’à la fin du printemps 5 moyen-nant que les tonneaux fussent bien clospar le dessus , sans prendre aucun aer.
Raisins em- En Vivaretz , ès quartiers de Joieuseraquetei. et L^-genEerc , l’on garde les raisins uncouple d’année, dans des fueilles de fi-
guier , dont ils sont enveloppés un-à-un,desquels sont faicts des petits paquets ,comme saussissons de Milan ; où ainsimignardement ployés , se maintiennentfort nettement. Les gens du pays ap-pellent ces paquets - là , supplicationset gibets : et à Paris , où quelques-foisles marchands y en apportent, virecots.
En certains autres endroits de ce royau-me, de mesme enveloppent des raisinsdans des fueilles pour les garder : maisen peu ni en aucun si bien , ni avec telleefficace, qu’au dit pays de Vivaretz : le-quel seul en a retenu l’usage jusques au-jour-d’hui, par s’entr’accorder la matièreet la forme. Columelle faisant mentionde telle sorte de raisins empaquetés, dictque de son temps on les ployoit dans desfueilles de figuier, de vigne , ou de pla-tanus, ainsi se void que ce n’est inventionnouvelle.
Les passerilles coronnent le revenude la vigne , ne pouvans sortir bonnesque d’endroit du tout propre pour lesprécieux vins , et des espèces de raisinsles plus prisées. L’excellence des passe-rilles est cogneue par tous les quartiersdu monde habités d’hommes civilisés, leurusage n’en estant d’aujour-d’hui seule-ment , ains de toute ancienneté ont ellesesté en réputation. Elles sont ainsi ap-pellée du latin, ma passa, pour la peineet patience qu’il convient souffrir à en con-fire les raisins. Après celles qu’on nousapporte de la Grece et de l’Espagne , quipar raison tiennent le premier rang pourleur précieuse valeur, on faict estât decelles de Languedoc , croissans à Fronti-gnan, Mirevaux, Gigean, Lopian, Meze,Cornon-terail, Mombazenc , et autreslieux près de Montpellier .
Passerillesou raitinssecs.