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Tome I. IIe. Partie.
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TROISIESME LIEU

partie delabasseNormandie, ainsi quonlerecognoistpar plusieurs tiltres antiquesde divers seigneurs de fief, dont les terresont esté baillées aux liabitans, sous lescharges , entre autres , de cueillir lespommes et faire les sidres (100).

Par tout ces boissons sont en usage,lon appelle pommé , le jus de pomme ,et poiré, celui de poire: particulièrementen la haute ]S ormandie , ès environs deParis , en la Brie , et en certains endroitsde la Picardie, sidre toute liqueur procé-dente des pommes et des poires, mesléeou distincte. Mais en la basse Norman­ die , comine en Costentin, Bessin , paysde Caux , et autres esquels ce breuvageest le mieux cogneu, aussi à Rouan, parle sidre est seulement entendu le jus pro-cédant des pommes : demeurant le nomde poiré particulier à celui des poires : etencores il y a du poiré quon surnomme,carisi, lequel se faict dune seule espècede poire ainsi appellée, rendant meilleureboisson quaucune auti-e. En ce serviceles pommes sont à préférer aux poires ,ayans par longue expérience treuvé laboisson provenant de ce fruict-, plusprofitable que cestui-ci, principalementpour la durée. Car le sidre faict et logéainsi quil appartient, et de pommes bienchoisies, se garde trois et quatre ans ; lepoiré , ne peut passer guières plus outre,quune année ; ou si deux , cest tout cequil peut faire. Dailleurs, il nest ja-mais de si bonne saveur ne si sain quele sidre , ou seroit de certaines races depoires deslite : mais pour leur rarité ,grande provision de poiré nen peut estrefaicte. Qui est cause que nemployant enpoiré presques que poires communes oumesme sauvages , telle boisson nest des-

tinée que pour les valets et gens detravail.

Généralement, tous fruicts à noyau nesont de service en ce mesnage (exceptéesles cerises , prunes et cornoailles, quitoutes-fois ne rendent boisson de grandevaleur , soit pour le goust, soit pour ladurée) par navoir le suc vineux, selonquil est nécessaire : ains la plus-part, hui-leux , comme toutes sortes de noix etamandes. Au contraire , presques tousceux à pépin y sont propres, pour leur li-quide humeur. Par ainsi nous ferons dis-tinction des pommes davec les poires : afinde nassembler confusément ces fruicts-,pour en exprimer le jus : ains den tirerséparément le vin , de chacune espèce,ne pouvant guières bien compatir en-semble , la liqueur meslée des pommeset des poires. Estant au reste communela façon de sen servir : soit à cueillir lesfruicts, soit à en exprimer la substance, àen loger et conserverie vin. Quant auxpoires , de toutes sortes tire-on bon vin ,jusques aux sauvages : mais des pommesnest de mesme, desquelles ne sort aucunevallable boisson, que des franches (101) :les bastardes ne servans quà faire du ver-jus, ou du vin des-agréable et mal sain.Selon la différence du fruict, différentaussi en sort le vin : ce que plus particu-lièrement lon remarque ès poires, quèspommes , par y avoir des poires desté ,dautomne, dhyver: donnant chacune sai-son, presques sa boisson particulière. Ceque ne font les pommes, dautant quil nyen a que bien peu dautres, que de lau-tomne , et par conséquent nen peut-onavoir le sidre quen ce temps-. Remar-quera-on aussi curieusement ceci ; que dene confondre les espèces des pommes en

Sidre