DU THEATRE D’ AGRICULTURE.
34i
vigne plus tard qu’à celle du froment j elle de-vint ensuite un des premiers objets de leur éco-nomie rurale .
« Si vous me demandez , dit Caton , mon>3 avis , sur le meilleur bien de campagne ,>3 voici ce que je pense. La vigne, qui est bonne,33 est le premier des biens ruraux. Après elle ,>3 vient le jardin que l’on peut arroser >3 (prce-dium quod primum siet, si me rogabis, sic di-cam : vinea est prima , si -vino multo siet ;secundo loco hortus irriguus). Columelle pré-féré aussi la plantation de la vigne à toute autreplantation (vitem nos cœteris stirpibus jureprœponimus. L. 3 , c. 1).
Horace conseilloit à son ami Varus , de neplacer que de la vigne dans sa campagne deTibur :
Ami, sur ces céteaux qu’éclaire un ciel si doux,
La vigne , aux autres plants, doit être préférée.
Les arbres les plus chers doivent s’éclipser tous,Devant cette plante sacrée.
Nullam, J' r a re , sacrâ vite priùs severis arborem
Circà mite solum Tiburis , etc.
(Horat. Od. 18. L. 1).
On conseille aussi aux François de propagerbeaucoup les vignes, et l’Encyclopédie fait unéloge magnifique des avantages attachés à cettesorte de culture. Mais quel est le produit desvignes ? A-t-on , à cet égard , des données suf-fisantes ? Pour décider l’emploi du sol à telle outelle espèce de végétaux par préférence , il fautd’autres raisons que des vues générales , ou deséloges oratoires. En fait d’économie rustique ,tout aboutit à des calculs , et tout se résout parles chiffres.
Celui des auteurs anciens qui a le mieux écritdes vignes , a senti cette vérité.
Avant de dissertersurla plantation des vignes,Columelle examine si cette culture convient aupère de famille , et si elle peut l’enrichir. Laquestion étoit douteuse ; les auteurs étoient par-tagés. Sasema proscrivoit les vignes mariées auxarbres. Tremellius les approuvoit. Columelle entreprend de prouver que les vignes donnentun très-gros revenu. C’est le sujet intéressantd’un de ses plus curieux chapitres, dans lequelil veut démontrer, aux amis de l’agriculture ,
l’importance des bonnes vignes , et leur fécon-dité (studiosi agricolationis hoc primum mo-nendi sunt, uberrimum esse reditum'vinearum.L. 3 . c. 3 ). Mais nous sommes bien loin depouvoir juger aujourd’hui du mérite de ces cal-culs , tant parce qu’on est peu d’accord sur latraduction en valeurs actuelles des mesures dece temps-la, que parce que nos terres paraissentéloignées de la fertilité des vignobles des An-ciens. Il en rapporte des prodiges. Sénèque avoit des vignes qui rapportoient communé-ment huit cullei par jugerum (vingt barriquesdeux tiers, de deux cent quarante pintes, pararpent de vingt-huit mille huit cent pieds car-rés ; le culleus tenoit vingt amphores, l’amphoreplus de trente pintes). Chez Sylvinus , à quiColumelle adresse son livre , un seul cep avoitrapporté plus de deux mille grappes ; et chezColumelle lui-même , quatre-vingt ceps, greffésdepuis deux ans , avoient donné sept culleus devin (dix-sept barriques et demie) ; mais ce n’estpas sur ces merveilles qu’il fonde ses calculs. Ilétablit que l’on ne peut avoir qu’un vigneronpour cultiver sept jugera. Si mauvaises quesoient ces vignes , pour peu qu’elles soient cul-tivées , elles doivent produire un culleus par ju-gerum (ou deux barriques et demie par arpentromain) , ce qui suffirait , selon lui, pour l’em-porter encore sur l’intérêt à six pour cent detoutes les avances. Ce n’est pourtant pas le cal-cul auquel Columelle s’arrête ; il veut qu'on ar-rache les vignes quand elles ne rapportent pastrois cullei par jugerum , ou sept barriques deuxtiers par arpent de vingt - huit mille huit centpieds carrés , ou de douze à treize barriquesde deux cent quarante pintes chacune, pardemi-hectare , ou grand arpent de cent perchesde vingt-deux pieds. A prendre aujourd’hui àla lettre cette décision , il s’en suivrait qu’enFrance il faudrait arracher presque toutes lesvignes , si l’on jugeoit de leurs produits par lesétats ou inventaires recueillis dans le Coursd’Agriculture de Rozier, tome X, page 129 etsuivantes. On dit, page 127, que ces états ontété formés avec soin et sur de bons renseigne-mens. En y jetant les yeux , on a sujet d'êtreétonné de la très-grande bigarrure du produitde la vigne dans nos divers Départemens. Voici