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TB.OISIESME LIEU
jésuite Vanière, dans ses deux livres sur lavigne :
Plante chère à Bacchus , toi qui fais la parureDe nos coteaux rians !
D’autres aiment ton jus; mais ta seule cultureEst l’objet de nos chants.
Vitis ament alii succum : cultura Poëtam
Me juvat.
(Præd. rust. L. X. v. 1.)
L’histoire naturelle de cette plante sarmen-teuse n’a pas encore été écrite. Elle présenteroitune suite de phénomènes dignes d’être admirés.La vigne a l’air d’un bois informe , ce bois vientdans les terreins secs ; et cependant le feu quianime le cep est tel, que la sève est poussée ,dans ce sarment fragile, avec une force huit foisplus grande que le sang n’est poussé lui-mêmedans les veines des animaux. L’évaporation desvignes est d’ailleurs si considérable, que pourremplacer , dans le cep, ce qui s’échappe parlesfeuilles , il faut que , dans un jour, il montedans le cep cinquante-deux pouces (un mètrequarante-un centimètres) de sève. Haies a bienprouvé que les feuilles des plantes sont undes moyens qui impriment à la sève son mou-vement ; mais les pleurs de la vigne s’élèventavec force , avant que la vigne ait des feuilles.Le célèbre Bonnet écrit à notre Duhamel , le 10Mai 1780 : « La force étonnante des pleurs de» la vigne est pour moi un abîme où je me33 perds. 33
Les savans qui pourront pénétrer cet abîme ,rendront un grand service , non-seulement à laphysique, mais à l’agriculture. Une physiolo-gie exacte de la vigne , ne seroit pas un livre depure curiosité ; ces connoissances théoriqueséclaireroient certainement la pratique des vi-gnerons , laquelle n’est fondée que sur une rou-tine ignorante et confuse.
Il est à remarquer, en outre , que nous n’a-vons aucun bon livre qui ait eu pour objet detraiter exclusivement de la culture de la vigne.Columelle chez les Romains , parmi nous Oli vier de Serres , et après lui, Roger Schabol,sont, de tous les auteurs , ceux qui ont le mieuxdiscuté cette culture intéressante ; mais ils n’enont pas fait leur objet principal. Nul homme degénie ne s’y est attaché. Cependant la matière
est vaste ; elle méritoit d’occuper, d’une ma-nière spéciale , non seulement un homme , maisplusieurs hommes éclairés. Je voudrois doncqu’il se formât dans les divers Départemensdont la vigne fait la richesse , des Sociétés des-tinées uniquement à cet objet, et qui prendroientl’œnologie pour texte unique des calculs , desrecherches , des tentatives , et des voyages deleurs membres. La Société des amateurs desAbeilles de la Haute-Lusace, a produit d’heu-reux résultats. La République doit avoir descompagnies du même genre , pour des culturesspéciales, sur-tout pour celle de la vigne. Cetteplante , qui vaut déjà tant de millions à laFrance dans l’état d’imperfection où sa cultureexiste trop généralement , peut doubler ou tri-pler la somme qu’elle met dans la balance ducommerce, pour peu que l’on s’attache à lamieux cultiver. M. Arthur Young , dans sesdiscussions sur le revenu de la France , croit quela vigne en fait la cinquième partie. Elle peut enfaire le quart, peut-être même davantage. Ceproduit est considérable ; et il ne faut pas ou-blier, i°. que les terreins qui nous le donnent,ne peuvent donner autre chose ; 2° . qu’il resteencore un très-grand nombre de collines in-cultes et parfaitement exposées, où il n’y a quedes cailloux, et d’où peuvent couler des flotsd’excellens vins , de vinaigres supérieurs, oude premières eaux-de-vie. Quel trésor pour laFrance ! quel digne et grand objet d’étude pourses agronomes 1 II n’y a pas d’Académies dontles travaux puissent avoir un but plus facile àatteindre , et plus réellement utile.
S’il s’élève, suivant ce vœu, quelques asso-ciations vraiment œnologiques, voici un petitnombre de questions que je croirois devoir leuradresser d’abord. Je les choisis dans le grandnombre de celles dont j’ai tenu note, à mesureque mes lectures , mes cultures et mes voyages,m’en ont fourni l’idée.
§. II. Du produit de la Vigne.
On voudroit, sur ce point, un compte exactet régulier ; mais il faut l’avouer, les Anciensni les Modernes n’en ont que des élémensvagues.
Les Romains s’adonnèrent à la culture de la