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Tome I. IIe. Partie.
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34 °

TB.OISIESME LIEU

jésuite Vanière, dans ses deux livres sur lavigne :

Plante chère à Bacchus , toi qui fais la parureDe nos coteaux rians !

Dautres aiment ton jus; mais ta seule cultureEst lobjet de nos chants.

Vitis ament alii succum : cultura Poëtam

Me juvat.

(Præd. rust. L. X. v. 1.)

Lhistoire naturelle de cette plante sarmen-teuse na pas encore été écrite. Elle présenteroitune suite de phénomènes dignes dêtre admirés.La vigne a lair dun bois informe , ce bois vientdans les terreins secs ; et cependant le feu quianime le cep est tel, que la sève est poussée ,dans ce sarment fragile, avec une force huit foisplus grande que le sang nest poussé lui-mêmedans les veines des animaux. Lévaporation desvignes est dailleurs si considérable, que pourremplacer , dans le cep, ce qui séchappe parlesfeuilles , il faut que , dans un jour, il montedans le cep cinquante-deux pouces (un mètrequarante-un centimètres) de sève. Haies a bienprouvé que les feuilles des plantes sont undes moyens qui impriment à la sève son mou-vement ; mais les pleurs de la vigne sélèventavec force , avant que la vigne ait des feuilles.Le célèbre Bonnet écrit à notre Duhamel , le 10Mai 1780 : « La force étonnante des pleurs de» la vigne est pour moi un abîme je me33 perds. 33

Les savans qui pourront pénétrer cet abîme ,rendront un grand service , non-seulement à laphysique, mais à lagriculture. Une physiolo-gie exacte de la vigne , ne seroit pas un livre depure curiosité ; ces connoissances théoriqueséclaireroient certainement la pratique des vi-gnerons , laquelle nest fondée que sur une rou-tine ignorante et confuse.

Il est à remarquer, en outre , que nous na-vons aucun bon livre qui ait eu pour objet detraiter exclusivement de la culture de la vigne.Columelle chez les Romains , parmi nous Oli­ vier de Serres , et après lui, Roger Schabol,sont, de tous les auteurs , ceux qui ont le mieuxdiscuté cette culture intéressante ; mais ils nenont pas fait leur objet principal. Nul homme degénie ne sy est attaché. Cependant la matière

est vaste ; elle méritoit doccuper, dune ma-nière spéciale , non seulement un homme , maisplusieurs hommes éclairés. Je voudrois doncquil se formât dans les divers Départemensdont la vigne fait la richesse , des Sociétés des-tinées uniquement à cet objet, et qui prendroientlœnologie pour texte unique des calculs , desrecherches , des tentatives , et des voyages deleurs membres. La Société des amateurs desAbeilles de la Haute-Lusace, a produit dheu-reux résultats. La République doit avoir descompagnies du même genre , pour des culturesspéciales, sur-tout pour celle de la vigne. Cetteplante , qui vaut déjà tant de millions à laFrance dans létat dimperfection sa cultureexiste trop généralement , peut doubler ou tri-pler la somme quelle met dans la balance ducommerce, pour peu que lon sattache à lamieux cultiver. M. Arthur Young , dans sesdiscussions sur le revenu de la France , croit quela vigne en fait la cinquième partie. Elle peut enfaire le quart, peut-être même davantage. Ceproduit est considérable ; et il ne faut pas ou-blier, i°. que les terreins qui nous le donnent,ne peuvent donner autre chose ; 2° . quil resteencore un très-grand nombre de collines in-cultes et parfaitement exposées, il ny a quedes cailloux, et d peuvent couler des flotsdexcellens vins , de vinaigres supérieurs, oude premières eaux-de-vie. Quel trésor pour laFrance ! quel digne et grand objet détude pourses agronomes 1 II ny a pas dAcadémies dontles travaux puissent avoir un but plus facile àatteindre , et plus réellement utile.

Sil sélève, suivant ce vœu, quelques asso-ciations vraiment œnologiques, voici un petitnombre de questions que je croirois devoir leuradresser dabord. Je les choisis dans le grandnombre de celles dont jai tenu note, à mesureque mes lectures , mes cultures et mes voyages,men ont fourni lidée.

§. II. Du produit de la Vigne.

On voudroit, sur ce point, un compte exactet régulier ; mais il faut lavouer, les Anciensni les Modernes nen ont que des élémensvagues.

Les Romains sadonnèrent à la culture de la