DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
345
Ce registre annuel des produits du vignoblede Mallessert , en Suisse , est un morceau biencurieux. Les mesures de Berne , qui y sont em-ployées. sont faciles à convertir en mesures fran-çoises. L’arpent est de quarante mille piedscarrés , du pied de Berne , qui contient dixpouces dix lignes du pied de Paris . Le grandarpent de France , de quarante-Luit mille quatrecent pieds carrés , contient cinquante - neufmille trois cent quatre - vingt - six pieds troisquarts de pied de Berne . Ainsi le vignoble dontil s’agit, contenant dix-huit arpens , revient àdouze demi-hectares.
Quant au vin , cent pots de Berne font centsoixante-quinze pintes et demie de Paris (centsoixante-sept litres et demi). Le muid , de deuxcent quatre-vingt-huit pintes , équivaut à centsoixante-quatre pots de Berne .
\&brande ou prante , sous-division du chardevin à Berne , est un setier de vingt-cinq pots.
En convertissant le résultat des produits duvignoble de Mallessert en mesures de Paris , eten prenant une année commune sur les soixante-dix-sept qui sont enregistrées dans ce tableau,on arrive à un résultat tout-à-fait singulier. Ontrouve , en effet, que ces vignes rendent préci-sément douze à treize poinçons ou barriques devin par arpent , ou demi-hectare , et qu’ainsielles sont dans le cas de celles que Columelle auroit voulu conserver.
Je ne m’attache pas à traduire les prix de lamonnoie de Berne en espèces françoises. Ces va-leurs sont trop incertaines. Cependant, on voitbien que le prix est très-bas dans les bonnes an-nées , et s’élève dans les mauvaises.
M. de TYattenwil présenta ce tableau du do-maine de Mallessert à la Société de Berne , le18 Mars 1771. On trouve encore au bas les ré-sultats des années 1771 et 1772, ainsi qu’il suit :
1771 — 26 cli. 9 pr. 9. p. Taxe 67 kr. 6 bz. Vendu *ur lei lieux zoo lir.
1772 — 83 11 26 10 90 liv.
En détail i 3 kr.
J’ignore si depuis 1772, on a continué exac-tement à tenir ce registre ; il seroit importantd’en publier la suite avec les observations mé-téorologiques et économiques qui le rendent siprécieux.
Théâtre d’Agriculture , Tome I.
J’abrège les réflexions que l’examen de cetableau doit suggérer à nos lecteurs. Je meborne à leur demander s’il est un seul proprié-taire ou cultivateur de vignobles, qui n’eûtbesoin d’avoir un pareil journal de ses vignes ?
§. III. Des Observations botanico-météorolo-giques sur la Vigne.
Nous avons deux recueils dans lesquels il setrouve une suite assez longue d’observations dece genre , relativement à la vigne; savoir, i°. lesMémoires de l’Académie des Sciences de Paris ;2°. les Observations de la Société Economiquede Berne . Ces deux grandes collections ne sontpas à la portée des agriculteurs. La dernière estmême très-rare, en allemand et en françois.
Le C. Cotte a résumé en peu de pages , lesobservations sur la vigne , contenues danstrente années d’observations de l’Académie desSciences ; et nous allons en présenter les résul-tats les plus essentiels , d’après le travail très-bien fait de cet estimable collègue. Il eût été àsouhaiter qu’il eût pu mettre en parallèle lesobservations faites à Berne . Il semble ne lesavoir pas connues. Il seroit encore plus à désirerque ces observations botanico-météorologiquesfussent multipliées sur différens points , dres-sées sur un plan uniforme , continuées avec per-sévérance pendant un certain nombre d’années,comparées entre elles tous les ans , et récapitu-lées avec soin tous les dix-neuf ou vingt ans. Cesont de ces travaux qui dépassent les forcesd’un seul individu, et la durée d’une seule exis-tence. Il faut que des corps permanens en soientchargés ; mais il faut qu’un Gouvernementéclairé les protège, les secoure et les main-tienne. A la Chine , le calendrier est une af-faire d’état ; la météorologie de chaque provincea ses registres et ses tribunaux. Nous sommesloin de cette police , et nous aimons mieux dis-puter contre les pratiques des Chinois , ou ré-voquer en doute l’antiquité et l’excellence deleur administration , que de nous honorer enfaisant aussi bien qu’eux.
Quoiqu’il en soit, voici l’extrait du Traitéde météorologie du C. Cotte.
X X