346
TROISIESME LIEU
I.
a En considérant les effets que la gelée peutproduire sur la vigne , il faut bien distinguer lesdifférentes saisons où elle a lieu, et les circons-tances qui l’accompagnent. La gelée est moinsà craindre en elle-même que dans ses circons-tances ; ainsi la gelée est très-funeste à la vignelorsqu’elle succède à des brouillards , ou mêmeà une pluie, quelque petite qu’elle soit ; et aucontraire, la vigne supporte des froids très-con-sidérables sans en être endommagée , lorsqu’ily a quelque temps qu’il a plu , et que la terreest fort sèche. Les jeunes vignes , aussi bienque les vignes vieilles, sont plus sujètes à lagelée que celles d’un âge moyen. Une vignenouvellement fumée , y est aussi plus exposée ,à cause de l’humidité qui s’échappe des fumiers;un sillon de vigne qui est le long d’un champ desain-foin, de pois , etc., est souvent tout perdupar la gelée, lorsque le reste de la vigne esttrès-sain, ce que l’on doit attribuer à la trans-piration du sain-foin et des autres plantes, quiporte une humidité sur les bourgeons de la vigne.On remarque que les verges , ou les longs sar-mens que l’on laisse en taillant la vigne , sonttoujours moins endommagés que la souche ,sur-tout quand , n’étant pas attachées à l’écha-las , elles sont agitées par le vent, qui ne tardepas à les dessécher. On ne doit donc pas se pres-ser de lier la vigne. »
I I.
« Il y a des circonstances où la gelée endom-mage la vigne dans un temps fort sec. Cet effeta lieu lorsque la gelée devient si forte , pour lasaison, qu’elle peut l’endommager indépendam-ment de l’humidité extérieure ; et, dans ce cas ,c’est à l’exposition du nord qu’elle cause plusde dommage ; au lieu que dans les temps hu-mides , cette exposition est plus favorable , parce que le vent qui souffle de ce côté-là, la des-sèche plus promptement. Il est aisé de connoîtresi le bois de la vigne est gelé; il suffit, pourcela , de couper un sarment ; si la moëlle estnoire au lieu d’être verte , c’est une preuve quele bois est gelé , parce que, vraisemblable-ment , il n’a pas été bien aoûté. Les vigneronsconnoissent aussi, par expérience , dès le temps
de la taille, s’ils peuvent espérer une récolteabondante ; car on a remarqué que , si , dans cetemps , le bois est dur , on peut compter surune bonne vendange ; si , au contraire , lamoëlle est abondante et les boutons petits , lavigne ne sera pas riche en grappes. On pensebien que le chapitre des inconvéniens doit mo-difier considérablement ce pronostic. »
I I I.
« Les conséquences qu’on doit tirer pour lapratique , de toutes ces observations , à l’égarddes gelées d’hiver, c’est i°. d’arracher tous lesgrands arbres qui environnent les vignes , etqui empêchent le vent de dissiper les brouil-lards ; 2°. de ne pas labourer les vignes dansdes temps critiques , et à la veille des gelées ;3°. de ne point semer sur les sillons des vignesdes plantes potagères, qui, par leur transpira-tion , nuiroient à la vigne; 4°- de ne mettreles échalas aux vignes que le plus tard qu’onpourra; 5°. de tenir les haies qui bordent lesvignes du côté du nord, plus basses que de toutautre côté ; 6°. d’amender les vignes avec desterreaux, plutôt que de les fumer ; 7 0 . si onest à portée de choisir un terrein , on éviteraceux qui sont dans les fonds ou dans des ter-reins qui transpirent beaucoup. »
I V.
« Outre ces observations , il nous en reste en-core quelques-unes à faire sur les gelées duprintemps et de l’automne. Les gelées du prin-temps , et sur-tout celles qui arrivent quelque-fois pendant les nuits du mois de Mai (Floréal),et lorsque la vigne est en fleur, lui sont fatales,principalement lorsque le lever du soleil est se-rein , et qu’il n’a pas été précédé par un vent quiauroit pu dissiper l’humidité. Si ces gelées vien-nent après une longue sécheresse, elles ne sontpoint à craindre ; il en est de même si elles ar-rivent dans le temps où les feuilles sont déjà assezlarges pour former un abri. Une vigne gelée auprintemps , a encore des ressources pour four-nir une récolte médiocre ; car on sait que surles sarmens, il y a toujours deux boutons àcôté l’un de l’autre. Un de ces boutons , qui estplus gros, et qui fournit le plus gros raisin ,