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Tome I. IIe. Partie.
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DU THÉÂTRE D AGRICULTURE.

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§. VIII. De la Vigne abandonnée à elle-

même , et de quelques expériences à tenter.

La vigne est provignée , taillée , ou mutilée,souvent au gré de nos caprices, plutôt quellenest gouvernée conformément à sa nature.Nous ne connoissons plus cette plante , tellequelle est , ou telle quelle pourroit être , sielle étoit livrée à un régime différent. Combiendexpériences curieuses et importantes il y au-roit à faire, pour connoitre vraiment la portéenaturelle de cette plante merveilleuse ! Mais onest dégoûté de tenter ces expériences , à causedu trop long espace de temps quelles exige-roient. La vigne peut vivre trois siècles , peut-être même davantage. Ilfaudroit donc bien desannées avant que lon parvînt à ce que jai envue. Cependant on connoît déjà des faits quiviennent à lappui de ce que je propose. Et sily a jamais une académie de la vigne , ce corpsperpétuel fera certainement ce que ne peutmême essayer un seul particulier.

Duhamel du Monceau parle, dans son Traitédelà Culture des Terres, dune idée de ce genre.Cest dans le tome V , page 114 ? il rapporteles expériences faites par MM. Roussel, près deGuignes en Brie , en ij55. Voulant éprouversur la vigne la nouvelle culture , MM. Rousselimaginèrent en même-temps un moyen de sup-primer les échalas. Cétoit de planter en quin-conce des boutures de peupliers , à six pieds(deux mètres)de distance; de mettre deux brinsde sarmens aux pieds de chaque peuplier , lunau-dessus, lautre au-dessous ; de cultiver et desemer les allées en grains ou légumes, lentilles ,haricots nains , fèves de marais , orge , avoine ;labourer alternativement ces allées , etc. ; ilscomptaient laisser monter la vigne le long desarbres sans y rien faire.

Cette méthode eut aussitôt lapprobation desgens du pays. Ce qui accrédita si promptementcette nouveauté , ce fut lexemple dune treilleplacée par hazard au milieu des champs , aupied dun poirier; et qui, sans avoir été taillée nicultivée, produisit, en 1754 , une pièce devin.

Je sais quun célèbre pharmacien (leC .Bau-) , avoit élevé dans sa maison de campagne ,aux Ternes , près Paris , plusieurs ceps de vigne ,

quil ne vouloit pas que lon taillât. Des cir-constances malheureuses lont empêché de suivrecette expérience. Il arrive trop souvent que ceuxqui savent ce quil faudroit essayer, pour leprogrès des sciences , nen ont pas les moyens ;et que ceux qui ont ces moyens , ne se doutentpas même du service quils pourroient rendre ,en donnant à lutilité publique une foible par-tie de ce quils prodiguent , sans honneur, etsouvent même sans plaisir , pour des super-fluités ruineuses.

On pourra trouver singulière cette idée des-sayer ce que feroit la vigne, livrée à elle-même,ou du moins élevée sans être tailladée, commeelle lest communément. Quon ne se hâte pascependant de la condamner. Je navois que desconjectures sur les modifications dont cetteculture importante me sembloit susceptible , etmes propres essais ne pouvoient dater dassez loinpour éclaircir mes doutes ; mais , en finissantcet article , japprends , avec plaisir , quil y ades pays cette idée est en pratique. LeC. Olivier, notre collègue, donne , à cet égard,un détail très-précis , dans son Voyage enTurquie . Il sagit de lile de Santarin, dont levin forme le principal revenu.

« On plante les ceps de vigne à deux ou troispieds (un mètre) de distance les uns des autres,et on les laisse pousser pendant dix ou douzeannées, sans y porter le fer. Lorsquon jugequils ont acquis assez de grosseur , on lestaille annuellement, en laissant plus de bour-geons quon nen laisse au midi de la France .On soutient le cep afin quil ne traîne pas , eton maintient les rameaux par le moyen de quel-ques sarmens liés tout autour.

» Une vigne ainsi plantée et taillée , duremoins que celles de nos départemens méridio-naux ; mais elle donne une quantité double ettriple de raisins. Cette considération peut dé-terminer facilement le cultivateur à faire quel-ques essais dans les climats chauds et dans leslieux les terres sont profondes et légèrescomme à Santorin . » (Tome I, page 363.)

Ce nest pas seulement pour obtenir du vin,que lon doit faire des essais sur la culture de lavigne. Cette plante a dautres emplois que lonna pas assez suivis. Sa feuille et ses sarmens