DU THÉÂTRE D’ AGRICULTURE. 487
rager, par cet appât, à l’extirpation de cette ra-cine ennemie, qui est justement à la tête de ceque l’on connoît, et que l’on redoute si fort,sous le nom de mauvaises herbes. Sans doute ,c’est un nom impropre : la nature n’a pointcréé d’herbes qui soient précisément mauvaiseset décidément inutiles. Avant de la calomnier,nous devrions tâcher de deviner son but, en étu-diant ses produits. Le chiendent, mieux connu,pourroit nous rendre un grand service, s’il don-noit de la bière , ou bien de l’eau-de-vie ; et iln’est pas à craindre qu’on fût dans le cas d’enmanquer. C’est une objection que l’on n’oubliejamais de faire à ceux qui veulent que l’oncherche l’utilité cachée du chiendent, de l’or-tie, etc. ; on leur oppose un argument tiré duprétendu succès de leur propre conseil. En at-tendant , on laisse pulluler le chiendent, etcroître les orties , dont on pourroit tirer un partiavantageux, tandis que les récoltes en sont em-poisonnées.
4 °. De l’alcool, tiré des grains.
Puisque les farineux donnent non seulementdu pain, mais aussi des boissons vineuses , c’estune conséquence qu’on peut les transformer aussien alcool et en vinaigre, en leur faisant subirune ébullition plus ou moins graduée , dans lesvaisseaux distillatoires. Et, en effet, c’est leparti que tirent de leurs grains presque tous lespays du nord, quand ils ne trouvent pas de profità les exporter. Les Hollandois font plus : ilsvont chercher les grains du nord pour les mani-puler chez eux , et les revendre convertis eneaux-de-vie et en vinaigres.
A ce sujet, il se présente deux questions àdiscuter : i°. quelle sorte de grains est plusavantageuse pour en tirer de l’eau-de-vie ;2°. quel effet peut produire sur la culture , engénéral, la distillation des grains , dans les casoù les grains abondent , et où le combustibleest lui-même à un prix qui permet d’exercer cegenre d’industrie ?
i°. J’ai eu occasion d’examiner de près laquestion intéressante sur l’espèce de grains que
l’on peut distiller avec plus d’avantage. L’ami àqui j’ai déjà dit que j’avois donné le conseil demétamorphoser en substances liquides les ré-coltes des céréales dont il ne pouvoit se défaire,m’avoit soumis , à cet égard , plusieurs difficul-tés sur lesquelles je fis interroger l’expériencedu C. Baume, chimiste bien connu, et monami depuis l’enfance. Le C. Baume n’a faitnulle difficulté de me communiquer le résultatde son travail sur les substances fermentées,et sur la quantité d’alcool ou d’esprit de vin ,qu’on peut en retirer. J’en joins ici le tableau ,qui a été dressé dans un temps où le poids demarc étoit seul en usage. On doit le conserver telqu’il a été fait alors ; mais , dans le résultatfinal , on aura soin de faire un décompte précis,suivant le système métrique.
Le C. Baume a fait ses essais sur cinq plantes,dont il a pris les grains , ou autres produits fa-rineux , en différens états , savoir : l’orge , leseigle , le mays, le navet et la pomme de terre.J’ai regretté de n’avoir j>u lui procurer alorsune espèce de blé que j’ai lieu de croire meil-leur que tous les autres grains , pour l’objetdont je parle ici , c’est-à-dire, pour faire de labière ou de l’eau-de-vie, comme pour rempla-cer le riz ; c’est l’épeautre ( triticum spelta ) dontil a été parlé dans les notes ( 36 ) et ( 4 o) du secondLieu (pages 177, 178), qui donne des gruauxexcellens, et une bière blanche dont le goût sin-gulier a fait conjecturer que l’alcool d’épeautreauroit assez d’affinité avec l’arack, ou eau-de-vie de riz , fabriquée dans les Indes. Je cultive àprésent le grand épeautreprintanier. Je pourrai,dans quelques années , en recueillir assez pourpouvoir le répandre , et faire mieux connoitrecette espèce de blé qui me paroit avoir de très-grands avantages.
On auroit pu aussi faire entrer dans l’essai duC. Baumé, le sarrasin , ou blé noir , qui, fer-menté avec la drêche , donne un alcool bleuâtreet doux ; mais on ne put s’en procurer au mo-ment des expériences.
Voyez le tableau ci-après.
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