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Tome I. IIe. Partie.
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TROISIESME LIEU

consomme , nest rien à comparer avec lénormequantité de ce misérable gramen, dont tous leschamps sont infestés. Sil avoit un emploi utilequi pût le faire rechercher , quelle obligationnauroit-on pas à la chimie , pour nous avoirdonné ce moyen singulier de nous en délivrer !Cette matière est importante : elle mériteroit,peut-être , quon la mît au concours , et quequelque Société dagriculture ou déconomie in-dustrielle en fit lobjet dun prix considérable.

Le chiendent est de la famille nombreuse desplantes graminées, qui sont plus ou moins suscep-tibles des fermentations saccharine et vineuse.Je ne parle pas de ses graines , mais de ses ra-cines , qui sont très - longues et naturellementsucrées. On étoit sur la voie de cette découverte,lorsque la disette des cidres faisoit chercher par-tout des boissons supplétives, dans la ci-devantNormandie .

La Gazette dAgriculture rapporta, dans cetemps, la recette suivante :

Bière de chiendent. Recueillez, au printempsou à la fin de lautomne , les racines de chien-dent ; lavez-les bien , et après les avoir coupéesen morceaux très-petits , faites-les sécher , ainsiquil se pratique pour la racine de chicorée ,lorsquon en veut faire une espèce de café. Lechiendent, ainsi haché, doit être ensuite moulu,mais grossièrement ; après quoi on lemploye ,comme lorge , pour faire de la bière. Lorsquonveut garder une grande quantité de ces racines ,il ne faut pas les mettre en tas , parce quellesgerment ou se moisissent , ce qui donne à labière un goût désagréable. Après avoir fait bienbouillir le chiendent, et y avoir jeté un peu dehoublon , on finit par y mettre de la bonne le-vure de bière, et cette dernière opération se doitfaire dans un endroit chaud. Cette bière est bonneet nourrissante ; on peut la faire forte ou foible,suivant la quantité de racines quon juge à pro-pos demployer.

La Société royale dagriculture de Rouenchargea lun de ses membres , Damhoumey,de répéter ce procédé , indiqué sans fixation dedoses , et dessayer de composer une bière avecla racine de chiendent. Damboumey étoit pleinde zèle pour tout ce qui intéressoit léconomierurale et les progrès de lindustrie : il fit tirer

de terre , laver et sécher des racines de ce re-doutable gramen 5 ensuite on les hacha, de sortequelles pussent sengrener dans un moulin àcône , on les réduisit en farine grossière.On mit, dans une chaudière, soixante-douzepots deau ( le pot de trois pintes , ou litres ) ,avec neuf livres (quatre kilogrammes et demi)de farine de chiendent ; il fit chauffer très-dou-cement, pendant deux heures; alors , on jetadans la chaudière , trois livres (un kilogrammeet demi) de mélasse ou gros sirop de rebut, quipourroit être remplacé par toute autre matièresucrée. On entretint, entre chaud et bouillon ,encore pendant deux heures ; on augmentale feu,et on poussa au bouillon , pendant une heure etplus, jusquà ce que le bouillon exhalât une odeurde compote ; ensuite , on y jeta six onces ( deuxhectogrammes) de houblon, et quatre onces (unhectogramme et demi ) des sept graines carmi-natives. Après encore deux heures de bouillon ,on coula le tout à travers un tamis , et on en-tonna la liqueur chaude , dans un baril rincéavec une pinte (un litre ) de levure de bière , etun verre deau-de-vie. Le baril placé dans un lieuchaud et aéré, la fermentation sy établit sur lafin du second jour , et en dura trois. Dès quellese ralentit , on descendit le baril à la cave , lafermentation dura encore pendant vingt-quatreheures, après lesquelles on le bonda. La liqueurétant claire , quinze jours après elle fut tirée enbouteilles , elle avoit acquis , suivant le ju-gement de la Société , qui lavoit goûtée , laforce , la couleur, le goût et la finesse de la bigrevulgairement appelée princesse.

Mais quelques bouteilles, gardées au-delà detrois mois, se trouvèrent gâtées et dune aaner-tume insupportable ; ce qui semble prouver quilne faudroit faire , à-la-fois , de cette liqueur ,que ce quon pourroit en consommer en deuxou trois mois au plus.

La levure , ou levain de cette bière, faisoittrès-bien fermenter la pâte ; mais elle avoit be-soin dêtre plus soigneusement lavée que cellede la bière ordinaire.

Il seroit fort intéressant de reprendre lexpé-rience et de la varier. Avec dautres combinai-sons , on obtiendroit peut - être des résultatsplus décisifs. Ce seroit un grand point, dencou-