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T II O I S I E S M E LIEU
on le verra tout-à-l’heure , lorsque je rendraicompte des distillations flamandes.
D’après cela , il est facile à un propriétaire decalculer combien il peut tirer d’alcool par hec-tare ensemencé en seigle ; combien cet alcoollui coûtera de combustible et de manipulation ;à quel prix il pourra le vendre j et quelle est lacomparaison entre le prix du grain , ainsi réduiten eau-de-vie, et celui qu’obtiendroit le grain ,au marché , en nature. Ce n’est que d’après cesdonnées, que le propriétaire est à portée de com-biner s’il lui est très - avantageux de se livrer àcette espèce de spéculation.
C’est ce dont on ne doute pas dans presquetoute la Belgique . Soit l’humidité du climat,soit la cherté des vins , des eaux-de-vie etvinaigres de France , résultant de ce qu’autrefoisil y avoit une barrière de prohibitions et de loisdifférentes entre ces deux pays ; soit imitationde ce qui avoit lieu dans la Hollande et dans lenord, les Belges se sont appliqués à distillerleurs grains ; mais comme l’alcool que l’on ob-tient des farineux a besoin d’être relevé par unesubstance plus forte , c’est la baie du genièvrequi a été choisie pour aromatiser et animer unpeu ces eaux-de-vie de grains.
Il a été publié récemment, à Gand , un Mé-moire sur l’utilité des Genièvreries en Flandre ,par les distillateurs du département de l’Escaut.Ce mémoire contient des observations étran-gères à notre objet ; mais il y a trois paragraphessur l’utilité des genièvreries : 1". sous le rapportde l’agriculture ; 2°. sous le rapport du com-merce des bestiaux j 3 °. sous le rapport du tra-vail qu’elles procurent aux ouvriers , et qu’ilest bon de faire connoitre , comme des faits im-portons à savoir et à vérifier.
Utilité des Genièvreries, sous le rapport del’Agriculture.
Aucun Département n’offre des phénomènesagricoles comme le département de l’Escaut.
« La Flandre, dit le célèbre Smith, est unedes provinces les plus riches, les mieux culti-vées et les plus peuplées de l’Europe , par lesprogrès solides et durables de l’agriculture. Lesrévolutions ordinaires de la guerre et des gou-vernemens font bientôt tarir les sources de la
richesse qui vient uniquement du commerce ;celle qui vient des progrès plus solides de l’agri-culture , est beaucoup plus durable. » ( Re-cherches, tome II , livre 3 . )
Les genièvreries sont la cause de la très-judicieuse observation du célèbre économisteAnglois. Voici du moins comme on le prouve :
L’abondance des récoltes , en Flandre , n’estpas due à la fertilité de la terre, mais au travailpénible et assidu de l’agriculteur. Aucun soln’est plus rebelle, ni plus exigeant : il semblequ’il dévore ses amendemens, et que sa puis-sance productive soit épuisée par chaque récoltequ’il donne.
Sans engrais , point d’agriculture en Flandre .Le commerce d’engrais y nourrit, au moins ,quatre mille familles. Tous les moyens de les re-produire, et toutes les découvertes sur cet impor-tant article , sont des trésors pour l’agriculture.Dans le département de l’Escaut, sans l’art deféconder les sables, il ne faut espérer aucun pro-duit de la terre ; car enfin, quatre cinquièmesde ses terres labourables ne sont qu’un sablearide, qui ne produit qu’autant que l’agriculteuren renouvelle l’action végétale tous les ans. Cesterres seroient ravies à l’agriculture , si on lesabandonnoit deux ans à elles-mêmes.
Or, aucun amendement n’est plus abondant,ni plus fécond que celui que fournissent les geniè-vreries. Leurs résidus sont si actifs et si puis-sans, qu’ils fertilisent toute espèce de sol, tandisque les autres engrais connus ne conviennentni à toutes les terres , ni à toutes les semences.Delà le proverbe flamand : Les genièvreriesproduisent plus de grains qu’elles n’en peuventconsommer.
Des faits confirment cette vérité. Il y asoixante ans que trois parties du canton deDeynze étoient incultes , ou ne rendoient qu’àpeine les frais de culture 5 depuis que les geniè-vreries s’y sont multipliées, les progrès de l'agri-culture y ont été rapides ; le sable y est devenuproductif ; le sol y a même changé de nature ; ilne s’y rencontre plus un mètre de terrein inculte.On le citera désormais comme un monument del’industrie du cultivateur et de l’utilité des ge-nièvreries , qui lui ont procuré l’avantage de fé-conder en peu de temps un sol condamné depuis