DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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selon le naturel de telle viande : car semettans les pigeons en oeuvre durant lesfroidures, à peine peuvent - ils venir àbout de leur entreprinse, ains le plus sou-vent les petits périssent de froid ou de lan-gueur, et les grands en meurent quel-ques-fois : à tout le moins s’estans à celaefforcés , la volée du printemps en portel’intérest. Au contraire, vigoureusementeslèvent-ils les petits après l’iiyver, si onne leur a espargné la viande : et si parartifice ou nature, ne se sont les mèresavancées à pondre ; par ce moyen, fai-sans provision de vertu et de force , pourabondamment fructifier avec la faveur du
Seulement beau temps. Et ne faut pour le désir demanger des pigeonneaux durant les froi-Z'a„J.ï tr ju- dures , destraquer toute la bande du co-r/ o"" r - lombier : puis que le moyen d’en avoir enliyver est tout certain, par les pigeonspattés qu’à ce expressément l’on nourrit.Ausquelles mangeailles, est bon ad-jous-tcr le cumin, leur en donnant quelquepeu de fois à autre en toutes saisons, pourles récréer, ce grain leur plaisant par surtout autre.
où et à En diverses manières la viande est dis-tnbuee aux pigeons. Aucuns leur clon-nent à manger dehors et près le colom-bier à l’aer, en lieu plain et net, les yfaisans assembler, ou en sifflant ou autre-ment les appellans : lesquels accoustumésau signe, ne faillent de s’y rendre, si quec’est chose plaisante de les voir arriverde tous costés en très-grande diligence,et de paistre de compagnie avec la pou-laille, qui tout de mesme s’assemble ausigne, estant le colombier basti dans labasse-court. C’est l’ordre de France ,utile, en ce que par là, tous les jours avésle plaisir de recognoistre vos pigeons. Et
qu’importe le plus , que le colombier estmoins sujet aux rats, que celui dans le-quel l’on porte à manger aux pigeons :d’autant qu’y restant tous-jours du grainparmi les fumiers, les rats y sont par làattirés et nourris. L’ordre, qu’on tienten Languedoc , Provence , Dauphiné ,Gascongne , et en jolusieurs autres pro-vinces est à l’opposite , où la plus-partdes mesnagers ne baillent la viande auxpigeons ailleurs que dans le colombier,sur les tables ci-devant désignées. Et sibien cela vous oste le moyen de voir vosjugeons, par eschange de telle commo-dité , vous espargne la mangeaille : la-quelle ne distribués qu’à vos pigeons sansla communiquer au général de la volaille(bien-que le colombier soit joignant aupoulailler) comme l’on est contraint defaire par le sus-dict ordre. Non plus est-onrestraint à heure certaine, car en quellepartie du jour qu’envoyés à manger à vospigeons , tous-jours sera-on le bien venu(soit dehors soit dedans le colombier) ex-cepté sur le midi, à laquelle heure, ayansaccoustumé de reposer, ne leur faut au-cunement troubler leur repos : non pasmesme pour leur donner à manger. Maispour distribuer la provende aux pigeonsà leurs meilleures heures, ce sera le matinet le soir ; c’est à dire, deux fois le jourdurant les cinq mois ci-devant marqués.Plusieurs y vont plus escharcement, neleur faisans faire qu’un repas le jour: enquoi ils se desçoivent, forceans le natureldes pigeons. Lesquels ayans accoustuméd’aller quester leur vie, et soir et matin,sont par ce retranchement d’ordinaire ,grandement intéressés : dont pressés defamine , sont contraints de se paistre dece qu’ils treuvent aux champs , bon ou