DU THEATRE D’AGRICULTURE. 5 9
marquer des pigeons est la plus asseuréevoie de parvenir à ce mesnage : d’autantque par là, vostre colombier demeuretous-jours en un mesme estât, esgale-ment fructifiant, comme meublé de bes-tail fertil, à cause de son aage, tel choisiet retenu. Ce qu’on ne peut dire des plusjeunes, qui n’abondent en petits de leurcommencement: ains de nécessité, con-vient s’en passer quelque année , avantqu’attaindre l’aage parfaicte de fructifier.Et des marques, treuve-on celle des serresestre la plus valable, pource qu’elle nes’efface jamais: et la plus facile à faire,attendu qu’il ne faut qu’un coup de cizeaupour en venir à bout. Enlevant du colom-bier, comme inutiles à l’engeance, tousles pigeonstreuvés avoir quatre marques,ja vieux , ayans attaint la cinquiesme an-née de leur aage.
Tarron , Marcus Varro célébrant le profit du
u,. o, ci. 7 . co j orn qq er ? a l a J SS( i p ar escjit le couple depigeonneaux se vendre de son temps ,communément, deux cens numes, dictsaussi sesterces, chacun de dix deniersobole de nostre monnoie ; faisans ensem-ble, deux escus cinquante-cinq sols : etcstans grands et excellents, mille numes,vallans quatorze escus cinquante - cinq
Coiumeiie, sols. Ce que tesmoigne aussi ColumeUe;
li». S, ch. 8. .. 1 °. , , .
disant en outre, avoir Iionte de ceux deson temps qui avoient achepté le couple depigeons, quatre mille sesterces, qui fontcinquante-liuict escus dix sols (5y). Dontest à conclurre, de ce temps-là, l’Italie estre très-rare en pigeons : et encoresplus Rome abondante en richesses, puisque tant prodigalement et chèrement, sipeu de viande y estoit acheptée. Aussiavoient les Romains par leurs conquestesespuisé presques tous les thrésors de la
terre. Si toute la volaille se vendoit àRome à l’esgal des pigeons et prix sus-dict, au temps de Lucullus, l’on ne s’es-baïroit de ce que nous lisons de l’admi-rable despence du vivre ordinaire de cegrand personnage : dont les salles de sonlogis, avoient chacune le prix limité dedespendre ; mesme celle appellée d’A-pollo, estoit taxée à cinq mil escus pourrepas , selon Plutarque . Ni du poissonque l’empereur Tibère fit vendre au mar-ché, achepté par un particulier, près decent escus, bien-que petit, ne poisant quedeux livres, ainsi qu’on le treuve ès doctesrccerches du feu sieur de Dammartin .
CHAPITRE IX.
La nourriture des Pigeons pattes etdomestiques.
N e se contentera nostrepère-de-famille, Pigttomdes pigeons de ses colombiers, ains en fau> '’fera nourrir des pattes et privés, telle etsi raisonnable quantité, que sans tropde despence, lui puissent fournir durantl’hyver des pigeonneaux à manger : afinaussi qu’aucune volaille ne lui déf aille decelles qui commodément se peuvent esle-ver en mesnage. Ceste-ci est de facile en-tretenement, n’estant besoin autre choseque le logis , la viande , et le bruvage , ettout cela de modéré appareil, bien-qu’ellesoit des plus exquises volailles qui s’ap-privoisent : ne cédant le pigeonneau pattébien nourri, ni à la caille ni à la tourte-relle. Touchant sa fertilité, plus grandene pourroit-elle estre en oiseau du monde,que de faire des petits chacun mois de
H 2