DU THEATRE D’AGRICULTURE.
79
Veaang.
de l’estang avec l’eau. De raesme et poursemblable occasion, des grilles seront ap-pliquées à toutes les issues de l’eau. Dela façon de la bonde, n’est ici questionde parler, par estre cela à la fantasie del’ouvrier : joinct qu’il ne seroit possiblereprésenter les diverses façons de bondeset ouvertures qu’on faict pour la vui-dange des estangs, ni les moyens qu’ontient à les fermer et ouvrir. Suffise, quecela soit avec le plus de facile service, etde longue durée que faire se pourra.papier Jaçoit qu’indifféremment toutes sortesde poissons ne se nourrissent en l’estang,si est-ce qu’on ne se descevra nullement,si on y en met de toutes les races qu’onpourra recouvrer : afin que celles quis’y plairont le mieux y demeurent supé-rieures. En quoi n’y a tant de despence ,encores que les inutiles s’y perdent ,comme il courroit du Lazard , en n’y met-tant que les poissons qu’estimerés le plusfructifions : où vous-vous pourriez trom-per (mesme dressant l’estang en pays etlieu nouveau) ne sçaebant point entière-ment le naturel de vostre terre, ni devostre eau , de quoi ne pouvés estre bienrésolu, que par l’expérience. Il est vrai,qu’en général l’on sçait bien que les ter-roirs pierreux et sablonneux, nourrissentles truites , loches, brochets, perches,barbeaux, gardons, carpes, goujons,dorades , chabots, clieviniaux , meus-niers , esperlans , dables : et les limo neux et fangeux, aussi des carpes et bar-beaux, la tanche , la bourbete , le lance-ron, l’anguile et autres. Tous lesquels setreuvent mieux en eau vifve, que morte ,et s’en rendent de meilleur goust, et sontmeilleurs pour la santé. Sur quoi pren-drés avis, notamment touchant les truites
et brochets , afin de ne les enfermer in-considérément dans l’estang, pour le dé-gast qu’ils y font , comme poissons derapine dévorans les autres. Aussi sontpoissons de rapine , les perches et les bar-beaux , non toutes-fois tant ravissans queles autres.
La truite ne peut vivre qu’en eau de Del*truite.fontaine, et si elle n’est courante ne s’ymultiplie aucunement * ne faisant ques’entretenir et engrossir , en eau dor-mante , quoi-que de fontaine. Pour la-quelle cause, désirant estre abondammentpourveu de cest excellent jmisson (estiméla perdrix d’eau douce) pour lui seul ferésun pescher séparé , l’apropriant de tellesorte , que des avenues de l’eau, soyentfaicts de longs canaux, larges de sept àliuict jneds, pavés au fond, et par dessusle pavé mis force menues pierres et grosgravier, où l’eau courant continuellementpour se rendre au pescher, les truites sepourmeneront plaisamment, cuidans estreen plaine liberté, comme en rivière ou-verte. Dont aviendra celle multiplicationde nombre que désirés, par s’y engeaneerce poisson-ci , moyennant tel logis ainsipréjjaré et la bonne nourriture : par-foisleur donnant à manger de la menusailledu poisson de l’estang et du pescher ; etd’ordinaire, les clespouillcs de la cuisine ,des fruites et semblables viandes. Obser-vant ceci, que tant plus petit est le pes-cher , tant plus de nourriture convientdonner au poisson qui y est enfermé :n’ayant, le poisson , en lieu pressé etserré à l’estroict, moyen d’estre naturel-lement si bien avictuaillé , qu’en ampleet large.
Quant au brochet, l’on ne fera diffi- Ihl brochet.culté d’en mettre dans l’estang, un ou