DU THEATRE D’ AGRICULTURE. 9 5
Recueillirles essoins.
Deux ou trois jours continuels les abeillesdemeureront emprisonnées , durant les-quels , par faute de nouvelle matière (vi-vans cependant de leurs provisions ) seremettront à faire de la semence demouscbes , en intention de l’esclorre ensaison. Passé lequel temps, leur sera re-donnée liberté de sortir, mais non pourplus de trois ou quatre jours , après les-quels , réitérant le remède , on les réem-prisonnera comme dessus, continuant defois à autre, jusqu’à amendement, lequell’on appercevra en visitant les rusclies.Par tel ordre , longuement se maintien-dra le ruscher, rapportant autant de re-venu , qu’on peut raisonnablement espé-rer de telle espèce de mesnagé. C’estsuivre leur naturel. Car ne pouvans lesabeilles demeurer sans travailler, ainsidisposent de leurs oeuvres. En liyver,pour ne treuver en campagne matièrepour se nourrir et employer à leur be-songne, se contentent de vivre dans leursrusclies, du miel que dès l’esté elles yont assemblé pour leur provision. Tandisgaignent temps à faire leurs semences ,pour les couver, et esclorre au renou-veau : ainsi que par les effects, celle leursubtile diligence , se manifeste au prin-temps , lors que pour l’augmentation denombre, les essoins se jettentaux champs,pour faire nouveau mesnage en la nou-velle habitation qu’ils cerchent (80).
Au recueillir des essoins convient em-ployer grande solicitude. Premièrementen faisant le guet à l’entour des rusclies ,la saison en estant venue, et très-expres-sément aux heures requises, à ce que lesabeilles ne sortent à l’impourveu et seperdent : après en les logeant convena-blement en rusches bien apprestées. L’on
n’est encores résolu quelles sont lesabeilles s’en-volans des rusches, si ce sontvieilles ou jeunes : divers avis courans surtelle matière. Les Anciens tiennent estrejeunes celles qui attrouppées, sortent desrusches s’allans quester nouvelle habita-tion : à laquelle opinion, consentent laplus-part des mesnagers d’aujour-d’hui :tant pour la révérence de l’antiquité, quepour l’humanité et bien-séance, laquellecommande le jeune céder au vieil. Maisplusieurs recerchans les choses de plusprès tiennent le contraire ; fondés en ceque les abeilles qui s’en-volent, sont plusgrosses que les autres, partantplus vieilles,leurs aages se discernans aucunement parla différence de la grandeur ou petitessede leurs corps, et que les restantes dansla rusche, demeurent tout un temps,minces, sans bruit, comme nouvellesmesnagères. Fortifient leur avis, par lalongue durée des rusches, infinies s’envoyans avoir demeuré fournies d’abeilles,les trente-cinq et quarante ans, voire da-vantage (contre l’opinion de Columelle,qui tient toute la rusche mourir dans dixans) ce qui ne pourroit estre, si les jeunesquittoient la place aux vieilles , veu quel’aage des abeilles, n’est plus longue que dedix ans, suivant l’ancienne et communeopinion : encores Virgile ne leur donnepour vivre, que sept années. Aucunsres-pondent à cela, que la grandeur de larusche est cause de sa longue durée , at-tendu que les abeilles, vieilles et nou-velles, se comportent ensemble aisément,tant que la capacité du logis le permet :duquel ne se séparent que par faute d’ha-bitation, et ainsi se renouvellent-elles,succédans les unes aux autres (81).
Or quelles soyent-elles, vieilles ou
Indue deleur sortie.