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CINQUIESME LIEU
jeunes, n’importe, nous les recevrons se-lon le commun usage. Deux ou trois joursdonques devant leur sortie, elles signi-fient leur dessein , par certaine liumcurdont elles baignent l’entour de la rusclieen bas ( 82 ) : par le murmure qu’elles fontdans leurs rusclies, plus grand que de cous-tmne, comme bruit d’appareil d’armée :par l’assemblée de mouschcs , qui se faictdevant et autour de la porte et tout-contrela rusclie (que les bonnes gens de Lan-guedoc appellent, faire barbe ) surpas-sant de beaucoup en nombre, l’ordinairetrouppe qu’on void continuellement sor-tir et entrer. Pendant ce temj>s-là, ellesprennent conseil du chemin qu’elles veu-lent tenir, et selon la curieuse recerched’aucuns , leur roi avec sa garde , va visi-ter le lieu auquel il délibère loger satrouppe, puis revenu, la met en campa-
Emtmbie. gne(83). Le gouverneur du ruscher pren-dra avis sur ces indices, des rusclies queplus il doit tenir de près , afin de ne rienperdre, ne les abandonnant dès une heurede soleil, jusqu’à deux heures après midi,car rarement sur le soir, dcslogent-elles.Et lors qu’il verra les abeilles quitter larusclie , prenans l’aer par trop haut, crai-gnant qu’elles se dépaysent, les arrestera,avec son de bassins de cuivre , ou de clo-clietes, ou à leur défaut, de tuilles, qu’ilfrappera et fera doucement tinter, nonrudement, afin de ne les despiter et faireescarter : d’autant queleson véhémentlespousse loin; et au contraire, le doux lesarreste près ; à cela sert aussi le batte-ment des mains à faute d’autre chose , etla poussière jettée en haut, contre lesmouschcs.
Am pour Les mousches de bon naturel, ne s’es-
l*t conduire. ■» _ _
cartent plus outre que des arbres pro-
chains , sur lesquels communément ellesse posent , ou sur quelque autre endroiteslevé, près du ruscher s’y assemblanstant uniment, que toute la trouppe paroistestre une seule masse, les abeilles se joi-gnans l’une à l’autre par les pieds : pourlaquelle cause, les Hollandois appellentles essoins, byeen (swerm byeri) , commevoulansdire, quasi un, pour leur unité. Làle gouverneur ira prendre l’essoin, pour leloger en rusclie bien préparée, nette et per-fumée. Ce sera sans nulle attente, de peurque délayant tant soit peu, ne leur facechanger de conseil, quittans leur premierrejros pour aller ailleurs, en danger de lesperdre : à quoi aussi, un vent, une pluie,ou autre accident survenans, les y pour-roient bien contraindre. Et encores que lesabeilles se laissent mieux manier sur lesoleil couchant, qu’en autre partie dujour, ne retardera - on pourtant de lesprendre devant telle heure, estant tous-jours meilleur, selon le proverbe, le te-nir que l’attendre : mais non si asseuréest-il d’arrester l’essoin et l’engarder de
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s’en-fuir, parle couvrir d’un linge deslié,comme aucuns veulent, que périlleux dele perdre, pour les raisons dictes. Larusclie, pour loger l’essoin, sera propre-ment nettoyée , lavée en dedans avec duvin fort, et frottée avec de la mélisse, durosmarin, de la mente, et autres herbesodoriférantes. Elle sera portée auprèsdes mousches sur un linceul blanc , poséedebout, toutes-fois pendant d’un costé ,pour l’aisance d’y fourrer les abeilles , etainsi affermie avec des pierres, y seront-elles mises tout doucement sans les effa-roucher. Si c’est en quelques branchetcsqu’elles se soyent arrestées, pendantescomme grappes de raisins, ne faudra que
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