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CINQUIESME LIEU
à cela se conformant l’antique opiniongrecque et romaine (85). De telle race,les abeilles tirent leurs rois, n’en ayansjamais qu’un à la fois, à tout le moins enrusche bien qualifiée : demeurans tandisles autres comme princes du sang, sanscharge , en attendant le besoin d’estreemployés , quand par vieillesse ou acci-dent, le régnant vient à défaillir. Desfaux rois y a-il aussi dans les rusches ,venans de dehors, comme bastars , pourtyranniser les mousches-à-miel. Ils sontlaids à voir, sales , noirs , velus , sur-passans en grandeur les bons, bruyenthorriblement : en somme, sont du toutdes-agréables, par lesquelles marques fa-cilement les discerne-on d’avec les vraiset légitimes (86).
Touchant les bourdons ou frelons ,nheiiiaudi. qu’en plusieurs endroits de Languedocl’on appelle , abeillauds , c’est une es-pèce d’abeilles naissant avec les bonnes.Virgile les appelle ignavum pecus , etaujour-d’hui en langue flamande sont ap-pellés , broelbien , comme qui diroitabeilles couvantes (87). Ils ne travaillentni en la cire, ni au miel : seulement en cesont-ils utiles , que d’aider aux abeilles àcouver leurs semences : au reste, sontgrands despenciers, dévorans le mielj àeux accomparés les jeunes hommes des-baucliés , faisans grande chère sans vou-loir travailler. Ce peu de service qu’ilsfont, les faict aucunement supporter : etencores cestui-ci, qu’avenant que l’ou-vrage des abeilles soit ravagé par les fre-lons , les abeilles (comme à quelque chosemalheur est bon ) en deviennent plus dili-gentes , pour en réparer les bresclies: des-quelles ruines s’esveillans de leur paresse,se remettent à travailler plus que jamais.
Autrement, cuidans avoir toutfaict, pourse voir riches, y auroit du danger queleur bon naturel ne se corrompist, dégé-nérant en oisiveté ; et au bout d’un temps,par habitude, les abeilles se rendre dutout inutiles. L’on ne soufitre pourtanttous les boui’dons , ni en tout temps j ainsseulement jusqu’à ce que le miel est pres-ques prest à vendanger : car alors pourle grand ravage qu’ils en feroient, lesabeilles mesmes, et leurs gouverneurs entuent tant qu’ils en peuvent attraper. Enquoi n’y a point de perte pour le respectdu couver des semences, veu qu’en cetemps-là, les jeunes avetes sont escloses ;restans de frelons, parmi les abeilles, plusgrand nombre qu’on ne voudroit, encoresbien-qu’on tasclie à les en oster (88).
Deux ou trois petits essoins pourra-on esso ins,assembler dans une rusche, afin d’en faireune grande bande d’abeilles : à la chargeque les essoins s’accordans, viennent enmesme jour et instant, pour ne pouvoirs’attendre l’un l’autre. Aussi de ne laisserqu’un roi en la rusche , pour les raisonsdictes. Par mesme moyen, multiplie-onaussi les abeilles qui se deschéent dans lesvieilles rusches, par maladie ou accident :car en prenant deux ou trois minces ruschesd’abeilles, on en fera une forte. Avectoutes - fois ceste considération , que deprendre garde auxrois, tant qu’on pourra :afin que par trop de commandeurs, guerrene survienne parmi ce peujde, à sa totaleruine.
Les mois d’Avril et de Mai seulement, Le tempsest le vrai temps pour les abeilles à es- duction.soinner : car les essoins qui viennent aprèsne sont qu’avortons , pour le peu de loi-sir qu’ils ont, de se bastir et faire du mielpour vivre en hyver, la meilleure saison