DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
restant du royaume, par la non-clialancede seshabitans, et à la lionte de prescpies^ toutes scs provinces, puis qu’en icelles,le meurier, et en suite le ver-à-soye peu-vent vivre et profiter. Pour l'affection queje porte au publiq, j’ai dès le commen-cement de l’année mil cinq cens quatre-vingt-dix-neuf, f’aict imprimer un traitéparticulier de ceste nourriture, intitulé,la Cueillète de la Soye , et addressé àMessieurs de l’IIotel-de-ville de Paris, àce que leurs peuples fussent incités parlà, à tirer des entrailles de leurs terres,le thrésor de soye qui y est caché, par cemoyen, mettans en évidence des milionsd’or y croupissans : et par telles richesses,achever de décorer leur ville , du dernierde ses ornemens, abondante au reste entoute sorte de biens. Entre les beaux lieuxde la campagne de Paris , j’ai remarquéMadril et le Bois-de-Vincenes, maisonsroyalles, très-capables à recevoir et nour-rir, trois cens mil meuriers, pour l’cs-tendue et qualité de leurs fonds, et pourla faculté de l’aer, lafueille de tels arbres,en leur temps , pouvoir estre profitable-rnent employée. Dont l’apparence estgrande, d’en retirer abondance de soye,à l’utilité publique, et à la particulièrecommodité de la ville de Paris , quand lamanufacture de la soye y nourriroit in-fini peuple, et de ses propres habitans,et de personnes pauvres et misérables,qui y affluent de toutes les provinces duroyaume.
Quels Là où croist la vigne, là peut venir lasoye, démonstration très-claire, suffisam-ment vérifiée par réitérées expériences endivers j^ays discordans de climats. Voirepassant plus outre , où le seul meuriervit, sans parler de la vigne, le ver-à-
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soye ne laisse de profiter; comme celas’est recogneu n’aguières dans la ville deLeiden en Hollande ès années mil cinqcens quatre-vingt-treize, quatre-vingt-quatorze, et quatre-vingt-quinze; oùmadame la duchesse d’Ascot fit nourrirdes vers-à-soye, heureusement: et de lasoye qui en sortit , se sont faicts des ha-bits , que scs damoiselles ont portes avecesbahissement de ceux qui les ont veus ,à cause de la froidure du pays. Les his-toires tesmoignent qu’au temps des an-ciens Gaulois , la France 11e produisoitaucun vin : la voici aujour-d’hui abon-damment pourveue de tant exquise bois-son , par la dextérité de ceux qui oppor-tunément y ont employé leur profitablecuriosité. Plusieurs bestes et plantes es-trangères, consentent de vivre parmi nousavec soin requis (le temps passé tenupour impossible), ce qu’un chacun re-marque presques par tout, sans en veniraux exemples. Je ne mets ici en conte lesorangers, citroniers, ponciles, et autresarbres précieux qu’on eslève en tous aerset pays , pour froids qu’ils soyent, puisqu’en telle curiosité court grande des-pence. Le soin de la cueillète de la soyen’est semblable, aussi son but est le pro-fit, non la seule délectation. L’on ne sepeine aucunement pour les meuriers quisont en campagne; c’est seulement pourle bestail, qui craignant le froid, en veutestre préservé. Et quelle chose plus facileà faire y a-il que cela, quelque froid quesoit le pays , puis que les vers sont logésdans la maison, non en campagne ; etencores en saison , non du tout froide ,ains au printemps et partie de l’esté ?Tout l’intérest qu’on peut ici alléguer,est, que la cueillète de la soye en sera