DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
ni
néralités. Et pour d’autant plus accéléreret advancer ladicte entreprinse , et fairecoencastre la facilité de ceste manufac-ture, sa Majesté fit exprès construire unegrande maison au bout de son jardin desTuillcries à Paris , accommodée de touteschoses nécessaires, tant pour la nourri-ture des vers , que pour les premiers ou-vrages de la soye. Enjoignant en outre ,que tout ce qui se treuveroit de meuriers,tant blancs cpie noirs, ja plantés ès di-vers endroits desdictes généralités , se-roit prins par les experts à ce députés,et employé à la nourriture des vers la-dicte année , afin de monstrer à chacunlieu, que la température de l’aer, et bontéde la terre , sont plus que suffisons pourproduire la soye : en pareille ou meilleureforce, lustre et bonté, que celle qu’avonsaccoustumés recouvrer avec grands frais,des provinces les plus esloignées. Touteslesquelles choses, ont si facilement réussi,moyennant la grâce de Dieu et le bonheurde nostre prince, à qui le ciel a réservétoutes les plus belles inventions de nos-tre siècle, qu’il ne faut plus doubter quedans peu de temps, par la continuationde ses beaux commencemens, la France ne se voye rédimée de la valeur de plus dequatre milions d’or, que tous les ans il enfaloit sortir, pour la fournir des estofïèscomposées de ceste matière, ou de la ma-tière mesure, afin de la manufacturer dansle royaume. Voilà le commencement del’introduction de la soye au cueur de laFrance , où l’exemple de sa Majesté a estéjoinct à ses commandemens, avec grandeefficace , pour le bien de son peuple.
En au- Et comme par louable émulation, lesu duc de belles sciences ne s arrestent en un seulnuemberg. j- cu ^ a i ns p asscn t tous-jours plus avant
ès esprits des vertueuses personnes , il estavenu despuiss n’aguières , que Frédéric ,duc de Wi te mil) erg, prince digne de toutelouange, a estiabli en ses terres,et lanour-riture des vers-à-soye, et la manufac-ture de telle matière. Dont les succès ontesté si heureux en ce commencement, queceux ont esté contraints de confesser l’en-treprinse estre profitable, qui au-para-vant en condaJnnoient le conseil, fondéssur la froidure- du pays d’Alemagne (97).
Or est-il , que la soye vient directement Te ver pro~du ver qui la vomit toute filée ; et le ver du “ la ‘° ye 'procède clc graiine, laquelle l’on garde dixmois de l’annéte, comme chose morte, re-prenant vie en sa saison. Le ver est nourride la fueille de meurier, seule viande decest animal, qjui ne vivant que six, septou liuict sepmaiines , plus ou moins selonle pays et consrtitution de l’année (la cha-leur accourciss.ant sa vie, et au contraire,la froidure l’alllongeant ) dans ce jieu detemps, par la æoye qu’il nous laisse, payelargement les despens de sa nourriture.
Comme diversæs sont les Nations qui legouvernent , a ussi est-il nommé diverse-ment. Les Grecs et Latins l’ont appellé ,bombyx : et auqour-cl’hui en Italie , ca—v aile ri , et bachi ( baco } bigatto,jilu-gello ) : en Espiagne, ilavor (gnzano deseda') : en France , vers-à-soye : enLanguedoc , Provence , et ès environs,magniaux.
Quelle terre et quelle culture désire lemeurier, quelle: graine de vers est à choi-sir, quel logis ett quel traictement requiertle bestail qui en provient, quel est sonrapport et usag e , sera monstré ci-après.
Par lesquels discours apperra clairement,de la richesse d(e ceste nourriture : et quela terre employée à tel mesnage, rapporte