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CINQUIESME LIEU
ser vostre aage sans gouster la douceurde ce revenu. C’est pourquoi est néces-saire d’avoir abondance de ces arbres ; afinque de plusieurs petits, puissiés tirer au-tant de fueille, que de peu de grands.Ainsi sans beaucoiq) attendre après leurplantement, en aurés plaisir et profit danspeu d’années. Telle grande quantité demeuriers pourra estre limitée à deux outrois mil pieds ; à moindre nombre j’es-time le père-de-famille ne devoir entre-prendre ce mesnage : pour ce qu’ici estquestion de profit, qui ne peut sortir quedu suffisant nombre d’arbres. Pour le par-ticulier naturel de l’œuvre , il est néces-saire de s’y employer en grand volume,autrement le jeu ne vaudroit pas la chan-delle $ estant cela à faire à femmes, quipour plaisir, nourrissent quelque peu dece bestail. Encores ne s’arrestera le père-de-famille en si beau chemin , ains aug-mentera-il tous-jours sa meulière, y ad-joustant par chacun an, quelques cen-taines de meuriers ; à ce qu’à la longue,très-abondant en fueille, il en aie et pournourrir grande quantité de vers, et dereste aussi, pour le soulagement de sesarbres, desquels une partie reposera,comme sera monstré en la suite de cediscours.
De l’ordre requis à planter et esleverles meuriers, n’est ici question de parler,l«u vn, ailleurs la science en estant enseignée :ci. np . très-bien de représenter les observationsnécessaires à leur assiete et entretene-ment ; à ce que les arbres soyent conve-nablement logés et gouvernés , pour du-
pre-
nant garde de près, dans peu de temps ilsdéfaudroient , comme envieillissans enleur première jeunesse. Ces arbres sont
rer longuement en service. Car n’y
si aisés à reprendre, que par tout où ilvous plaira, les pourrés eslever : maisavec plus d’advancement s’accroistront-ilsen la grasse et humide terre, qu’en la mai-gre et sèche. Pour la quantité de fueille,est à souhaitter les arbres estre plantés enbon fonds, mais non pour la qualité ; pour-cc que jamais ne sort la fueille tant fruc-tueuse de gras, que de maigre terroir(ayant cela de commun avec les vins, dontles plus exquis s’accroissent en terre lé-gère ) attendu que ce terroir-là rapportela fueille grossière et fade , et cestui-ci,délicate et savoureuse. Aussi de la nour-riture de ceste dernière fueille, le bestailcommunément faict bonne fin ; ce quiavient très-rarement de l’autre, encoresest-ce par rencontre de bonne saison. La où u
f .t-i -■ • -i i • /* / bonne fueille.
fueille des meuriers se rendra qualmeeainsi qu’il appartient, si on loge ces arbresen lieu maigre etesloignédesources d’eau,pourveu qu’il soit exposé au soleil, caravec les vignes , haïssent les meuriers , leséjour aquatique et ombreux ; en somme,là sera plus asseurée la nourriture , quemeilleurs croistront les vins. Et bien-quela vigne et les meuriers, pour les fairemarcher ensemble, produisent plus enfortqu’en foible terroir, si est-ce que le peude leur rapport estant délicat, est plus àpriser que l’abondance de celui qui estgrossier. Joinct que touchant ce bestail-ci, l’on ne le peut abuser, en lui donnantviande contre son naturel, car ou il re-fusera de la manger , ou la mangeant,ne s’en portera jamais bien. Et cestesienne délicatesse, tourne à profit au père-de-famille , qui employé ses terres maigresen meulières ; et par conséquent n’en oc-cupe ses bons labourages , qui lui de-meurent francs et non chargés de ces