DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
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nables sommes. C’est à comparaison deceste soye - là, que ceste - ci est tenue ,foible , légère ; telle estant la différenced’entre les choses grossières et subtiles. Ilne faut néantmoins, estre tant scrupu-leux , que de rejetter du tout les meuriersnoirs, pour la soyc : seulement pour lemeslinge, n’estant permis en la nourri-ture que par contrainte, comme j’ai dict.Car quant au reste, il y a des contrées oùils sont très-jjrofitables pour ce négoce :comme en divers endroits de la Lombar die , et de pardeçà en Anduze , en Alezet autres lieux vei's les Sévènes du Lan-guedoc , où grande trafiq est faicte dela soye, qui provient de meuriers noirs.Et bien-que telle espèce de soye, poursa grossesse, soit de petit prix au respectde l’autre, si ne laisse-elle pourtant defaire bon revenu, moyennant la quantité.Joinct que pour la vente, elle est recercliéecomme nécessaire, quoi-que grossière,en plusieurs ouvrages, ausquels elle estemployée.
Si des-jà vostre terroir est couvert demeuriers noirs, tenés-vous là, sans vousaffectionner à les accompaigner de blancs,pour les raisons dictes : mais estant ques-tion de fonder un mesnage , qui n’a au-cuns meuriers, ni d’une sorte ni d’autre ,préférant le meilleur au bon, eslisés tous-piustoit jours les blancs pour vostre meurière. Enu°'‘Z"Lien quoi il semble que Nature mesme nousbiana, q ue j nc q e p ar l’avant-croistre qu’elle a donnéau meurier blanc par dessus le noir: es-tant chose asseurée, que plus facilementse reprennent et s’accroissent les meuriersblancs, que les noirs : et que plus d’advan-cement font ceux-là, en deux ans , queceux-ci, en six. Outre laquelle commo-dité , le bois que par telle hastiveté ils
produisent, et qui est couppé à temps,comme taillis, augmente le revenu de telsarbres (98).
Encores , entre les meuriers blancs il ya du chois. Par la recerche d’aucuns, a ZcZ'jfZZesté treuvée meilleure que nulle autre,lafueille sortant des meuriers blancs quiproduisent les meures noires. De laquellecuriosité faisant profit, nous fournironsnostre meurière, si possible est, des seulsmeuriers de telle espèce, afin qu’en nostrenourriture, rien ne défaille. Toutes-foiscomme les humeurs des hommes sont di-verses, aucuns tiennent lafueille del’arbreproduisant la meure blanche , estre lameilleure : preuvans leur avis par lespoules et pourceaux qui 11e s’attachentjamais au fruict des meuriers portansmeures rouges et noires, qu’au déf aut desautres, par là, la plus délicate. Surtoutsera pourveu à ce poinct, que de bannirde la meurière , la fueille trop fripaillée,car outre que c’est signe de peu de subs-tance, elle n’abonde tant en viande, quecelle qui a peu de deschiquetures. A quoi E „ur /«le remède est, d’enter en canon ou escus- ZZZZîZ"son les arbres ayans besoin de tel affran-chissement, dont le profit qui en revientest grand, pour ceste nourriture 3 veu quepar ce moyen, le peu de mauvaise et ché-tive fueille, se convertit en abondance debonne et substantielle : avec autant d’a-vantage, qu’on a de changer ès vergers,par semblable artifice, les fruictssauvaigesen francs, article très-notable pour ce mes-nage. Cest affranchissement se pratique àsouhait ès meuriers de toutes aages, jeuneset vieux : en ceux-ci, sur leurs nouveauxrejectsde l’année précédente, ayans lorsles arbres esté étestés (ou sans tant dé-layer, les avoir étestés au mois de Mars,