CINQUIESME LIEU
Amasser lafueille pourla bailler dmanger auxvers.
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et le suivant de Juin, les enter); et enceux-là , sur les plus petits arbres de labastardière. L’enter de ces arbres e n leurtendre jeunesse est beaucoup à priser ,pour l’avantage que c’est d’avoir la meu-rière entièrement affranchie. Car pouirveuque quelques centaines d’arbres soyent en-tés, suffit une lois pour toutes, sans estrecontraint d’y retourner : moyennant quela bastardière soit tenue tous-jours rem-plie. Ce qui sefaict en provignant les jet-tons sortans des enteures, desquels autantd’arbres entés sortent, qu’il y a de bran-ches couchées dans terre : et d’icelles par-après d’autres en ressortans, sont demesme provignées à l’inlini ; dont lesarbres en provenans , pour tous - jourssont fournis d’excellente fueille, douce ,et grande : et par conséquent exempte detoute sauvaigine ; exquise et abondantenourriture. Voilà quels lieux et arbresavés à eslir pour vos meurières , afind’avoir abondance de bonne soye.
A l’ordre qu’on a à tenir au eue illir lafueille des meuriers, pour le vivre desmagniaux, consiste le second artücle dece mesnage, pour rendre les arbres deperpétuel service. Il est à noter , quel’effueiller porte grand dommage à tousarbres , souventes-fois jusques à les fairemourir : mais d’autant qu’à cela est des-tiné le meurier, faict que naturellementil supporte mieux telle tempeste , quenulle autre plante. Si faut-il néantmoinsy aller fort retenu, car d’effueiller incon-sidérément les meuriers, c’est les rabou-grir, pour finalement, devenus chétifs,se mourir de langueur. Chacun confessequ’amasser la lueille à-tout la main, l’uneaprès l’autre, sans toucher au bourgeon,est la plus seure voie pour la conser vation
des arbres : mais aussi la plus despen-cière, à cause du grand nombre de per-sonnes nécessaires à telle œuvre. Pourl’espargne, le commun y procède d’autresorte, qui est en arrachant la fueille à poi-gnées ; ce qui ne se peut faire que souventles branches n’en soyent escorcées et quel-ques-fois esclatées, dont à la longue lesarbres périssent. Et mesme cest amasser,corrompt et ensalit la fueille , au détri-ment des magniaux , quand en la pre-nant à la mode qu’on traict le laict desvaches, on la froisse, comme si on envouloit faire sortir le jus: et le plus sou-vent avec mains mal nettes, la rend-on demauvaise odeur et saveur. Ces pertes se Eni aC ou P .préviendront, si à la mode de certainsendroits d’Espaigne, la fueille est cueillieen la tondant avec de grands cizeaux detailleur : de laquelle couppant plusieursqueues à la fois, et icelle tumbantsur deslinceuls estendus sous les arbres, la des-pence s’en rend modérée : mesme parestre de là directement portée au bestail,sans avoir besoin d’estre triée, comme né-cessairement convient faire avant quel’employer, en séparant ce qui est gastédu bon, et les bourgeons avec, qui pourleur tendreur sont nuisibles aux vers : at-tendu qu’en faisant jouer les cizeaux, l’onesjmrgne les cimes des arbres , et neprend-on que fueille bien qualifiée. Deceste invention ne se peut-on indifférem-ment servir par tout, ains seulement oùl’assiete des arbres favorise l’œuvre, pourcommodément y pouvoir estendre les lin-ceuls, réceptacles de la fueille, ni aussien temps venteux et pluvieux. Ce qui estlaissé à la discrétion du père-de-famille ,pour l’employer y treuvant de la com-modité. Au défaut duquel tondre, l’on