DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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les trois ou quatre suivantes : passées les-quelles , commence à desclieoir de sabonté. En la graine mesme se recognoistaussi du changement, par le temps, et enson corps et en sa couleur : car venantdirectement d’Espaigne , elle est petite,colorée de tané obscur 5 et gardée, s’en-grossit, et s’esclarcit jusques - là qu’aubout de quelques années, elle devientgrise, comme drap gris de Perpignan .Ainsi qualifiée est la graine de magniauxdes Sévènes de Languedoc , lesquels tantpour leur propre naturel, que pour estrenourris de fueille de meurier noir , pro-duisent des coucons ou plotons grands etmois , par conséquent peu fournis desoye : de couleur orangée ou jaune doré,notifiant la grossesse de la soye , à la dif-férence de la fine, provenant de la grained’Espaigne, dont les vers ont esté nourrisde fueille de meurier blanc , et en sontla plus-part des plotons blancs , incarna-dins , de couleur de chair. Voilà le juge-ment qu’on peut faire sur la cognoissancedelà bonne graine d’Espaigne: la meil-leure de laquelle sera la plus petite , etla plus obscure en couleur 5 pourveuqu’elle soit vifve, non morfondue : cequ’on preuve à l’ongle, en toutes grainesde vers-à-soye : tenant pour bonne, cellequi se casse en pétillant et jettant hu-meur. La petitesse de la graine d’Espaignefaict le nombre de bestail : ce qu’accou-plé avec la durté des j^lotons ne peut faillirde rendre abondance de soye , laquellepour sa finesse est de grande requeste.Indifféremment toute graine venant di-rectement d’Espaigne, n’est telle que dé-sirés, y ayant des contrées en ce royaume-là , meilleures à ce les unes que les autres :et que plus loyalement à la façonner, y
vont les fidèles , que trompeuses per-sonnes. Desquelles particularités vous-vous prendrés garde, afin de tant plusprofitablement achever vostre nourriture,qu’avec plus d’art l’aurés commencée. A ty er
quoi cest article est notable, qu’à l’imita-tion des bons laboureurs , est requis chan- qua ‘" am -ger de graine de quatre en quatre ans, oud’autre terme en autre, selon la raisondes expériences. Et pour faire cela avecmoins de hazard, sera bon avoir par cha-cune année quelques onces de nouvellesemence d’Espaigne, laquelle mise à part,conserverés soigneusement, et autant detemps, que treuverés , à la preuve , savaleur le mériter. Par laquelle résolution,vostre nourriture marchera bon train, etsans confusion se maintiendra-elle tous-jours en bon estât. Ne vous fournissés devieille graine , pour son infertilité, n’es-tant d’aucune valeur celle qui passe unan. Et bien-que la garde de la graine dece bestail soit dif ficile, à cause que d’elle-mesme naturellement s’esclot en sa sai-son , si est-ce que l’avarice a tant gaigné,que par trompeuse invention certains im-posteurs , forçans Nature , conserventlonguement lagrainesans esclorrc : quandne l’ayant peu vendre à temps, la tien-nent dans des bouteilles de verre, enlieu frès, mesme dans des puits profonds,suspendues avec des cordes, près de l’eau,durant les grandes chaleurs $ ainsi la gar-dans plus d’une année, à la perte de ceuxqui l’acheptent.
Aucuns avant que mettre couver la Tr, mp ergraine de magniaux, la trempent dans duplus exquis vin qu’ils puissent recouvrer,Malvoisie ou autre, treuvans par telle es- ver -preuve, que la bonne, comme la plus poi-sante , va au fond, et la mauvaise , pour