Band 
Tome II.
Seite
139
JPEG-Download
 

DU THÉÂTRE DAGRICULTURE.

arbustes, dont gaiement travaillent-ilsen tel endroit, à lutilité de loeuvre.

Au septiesme ou liuictiesme jour don-ques, que vos magniaux seront sortis deleur dernière mue ou maladie (maladieproprement pouvant bien appeller tellemue, pour le mal quils y endurent, plusgrand quen nulle des autres, souventjusques à mourir), les remuerés aux tablesainsi ramassées, sans espoir de leur chan-ger plus de place , ne de lictière. lesnourrirés-vous à laccoustumée ; cest àdire,avec touteabondance,sans espargne,jusquà ce que verrés les plus hardis ma-gniaux entrer en lrèze,ce qui est, prendrela route pour sen monter ; et laquelle onprévoid par leur extraordinaire conte-nance , divagans par la trouppe , en cou-rans, sans tenir conte de la viande ; etpeu après les voyans escheller par lespieds des rameaux, pour (quittans lemanger) saller embesongner à vomir,ou plustost à hier leur soye. Dès-lors vouscommencerés à diminuer leur ordinaire ,jour après autre , pour en suite ne leurbailler du tout rien, quand , afin de sen-ramer, toute la trouppe aura abandonnéla table, ou peu sen faudra, ne restansque les tardifs et paresseux. En cest en-droit , se recognoissent ceux qui aurontfaict des longs à esclorre, pour sen mon-ter les derniers : estant une nécessaireconséquence , que les premiers naissans,sont les premiers filans, et au contraire.Et comme grand conte ne faut tenir de lagraine tardive à esclorre , non plus con-vient-il faire estât des vers paresseux àAucmbier monter. Par quoi, au bout de trois ou

iesparesseux. .

quatre jours , que les premiers aurontprins le ramage, enleverés les restans detoutes les tables , pour les assembler en

i3(?

une , et les y nourrir jusques à leur fin.

Ainsi, les hastifs et tardifs magniauxfileront leur soye : ce que commodémentne pourroient-ils faire, quand, sans telledistinction , les derniers se jetteroient surlouvrage des premiers, avec grand des-trac , et cest apparent danger, quavantque ceux- eussent achevé leur besongne,les papillons de ceux-ci, par telle lon-gueur ja formés dans le ploton , nen sor-tissent, au détriment de lentreprinse.

Deux ou trois jours mettent les vers à par-taire leurs escailies, plotons ou coucons p i yr ntàf,i,-r(diversement nommés, selon les lieux) au kur sr ' ye 'bout desquels , sont-ils du tout achevés,comme on le recognoist en approchantcurieusement loreille près deux. Carcomme ces bestioles font quelque petit etdoux bruit en mangeant; aussi demesmebruyent-elles en f açonnant leurs escosses :lequel bruit elles cessent, finissans leurouvrage.

Voilà la soye faicte, ce nest pas pour-tant la fin du labeur des magniaux : carcest par la graine quils achèvent de tra-vailler et de vivre, finissans leur vie parleur chère semence , quils nous laissent,pour se renouvelle! en icelle par chacuneannée: et par ce moyen , nous conserverla possession de la soye, comme à leurshéritiers. Miracle de Nature. Un ver sen-ferme dans son ploton de soye ; il setransforme en papillon ; dix jours à celail employé : au bout dautres dix jours,il en sort par un trou, à cest effect per-sant le coucon, d se des-emprisonnant,retourne à la veue des hommes , maiscest en sa figure nouvelle de papillon :saccouplent masle et femelle joincls en-semble, la femelle faict ses œufs ou graine :ainsi terminans leur labeur avec leur vie.

S 2