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Tome II.
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CINQUIE SME LIEU

Animaladmirable.

Estrangemoyen de sepouneoir devers-à-soye ,sans semen -cet.

Et ce qui augmente la merveille, est, lalongue abstinence de cest animal, vivantvingt - trois jours sans prendre aucunesubstance , privé mesme de la clarté ,pour le temps quil demeure dans son es-cosse, comme en estroicte prison.

Or dentrer en discours sur les qualitésde ceste bestiole, à laquelle défaillent no-toirement, cliair, sang, ossemens , veines,artères, nerfs , boyaux , dents , yeux ,aureilles, escailles , espines , arestes,plumes, poils , excepté aux pieds quel-que subtile bourre , ressemblant à poilfolet ou duvet, et autres choses com-munes presques à tout bestail terrestre ,aquatique , et aerin, ce seroit trop phi-losopher , telle contemplation ravissantlentendement humain , mesme en ceque ce vermisseau , lune des abjectesbestes du monde , est ordonné de Dieu pour vestir les rois et princes : en quoi setreuve suffisant argument pour shumi-lier. Et ceste sienne particularité est re-marquable , quelle rend la riche soyetoute filée , preste à desvider, vomissanttout faict le filé : duquel elle compose sonploton, avec extreme soin et affectionnélabeur. Ce qui nest communiqué ni à lalaine , ni au coton , ni au chanvre , ni aulin, dont les hommes shabillent ; maisavec artifice les faut préparer , pour lesrendre au poinct de filer.

Ici est à propos de monstrer le subtilartifice que lhomme a inventé pour ré-parer le défaut de graine et semence desvers-à-soye , avenant quelle soit perdue.Chose tirée des secrets de Nature et re-cerchée avec grande curiosité, semblableà la production des mousches - à - miel ,dont les Anciens ont escrit, comme jaidict ci-devant. Au printemps un jeune

veau est enfermé dans une estable , pe-tite, obscure, sèche, et nourri avec laseule fueille de meurier , vingt jours du-rant, sans nullement boire, ni mangerautre chose durant ce temps- , au boutduquel est tué, et mis dans une cuvepour y pourrir. De la corruption de soncorps sort abondance de vers-à-soye ,quon prend avec des fueilles de meurier,sy attachans : lesquels nourris et eslevésselon lart et commune façon, produisenten leur temps , et soye et semence commeles autres. Aucuns raccourcissans la des-pence et le chemin, de telle invention,en ont tiré ceste-ci. De la cuisse dunveau à laict est prinse une rouelle poi-sant sept ou liuict livres , et mise pourriren cave fresche , dans un vaze de bois,parmi de la fueille de meurier, à laquelleles vers - à - soye sortons de ceste chair ,sattachent : d tirés , sont traictéscomme dessus. Je vous représente ceschoses , sous le crédit dautrui, en atten-dant que la preuve me donne matière devous asseurer de ce qui en est : me plai-gnant en cest endroit de nos prédéces-seurs , avec Pline , comme il faisoit dessiens, en ce quils disoient, le vaze delierre ne pouvoir contenir le vin , et pasun deux nen avoir faict lexpérience. Jevous représente , dis-je , ces choses , à ceque se rencontrant vraie telle création devers-à-soye, et y trouvant de lavantage,soyons délivrés de la peine den envoyercerclier la semence en Espaigne et ail-leurs, renouvellant le souci de sen pour-veoir jmr chacune année. Sil est ques-tion de discourir dessus, je dirai, telengendrement de vers - à - soye nestremescroyable , puis que toute corruptionest commencement de génération. Nous