DU THÉÂTRE D’ AGRICULTURE.
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de la cour aux champs , et qu’il lui étoit impos-sible de se charger d’aller ramasser les œufs.J’engageai la ménagère à donner au poulaillerun autre aspect, plus commode et plus attrayantpour les poules; à exiger qu’on leur jetât, dansle lieu qui en seroit le plus voisin, leur man-ger , et en attendant, à faire suppléer la fillede basse-cour par des enfans auxquels il seroitaccordé deux sols ( dix centimes ) par quarterond’œufs ramassés hors de la cour. Ce conseil,mis à profit, a eu son plein effet ; et quoique cesoit un foible accessoire à la masse des produc-tions d’une grande ferme sagement administrée ,que les œufs, je ne saurois assez inviter ceuxqui se trouveroient dans le cas précité, de mieuxsoigner le poulailler, s’ils veulent attacher lesvolailles à leur demeure, et les déterminer à ve-nir y pondre ; et en attendant qu’elles s’y accou-tument, d’intéresser, par une récompense, quel-qu’un à la recherche et à la collecte des œufs ;car ce qui s’en perd journellement suffiroit au-delà pour la table du maître et des gens de laferme. Cette précaution, de lever les œufs pon-dus çà-et-là dans la cour et dans les champs, estd’autant plus avantageuse pour faire perdre àcertaines poules leur disposition naturelle àpondre à l’aventure, que , pendant la nuit, lesanimaux de proie découvrent la touffe ou lebuisson dépositaire des œufs, et les mangent, cequi porte les femelles à continuer d’y pondre,et les expose à s’épuiser inutilement , parcequ’elles n’en trouvent jamais dans leurs nidsun nombre suffisant pour couver. ( P. )
CHAPITRE II.
Page 6, (fi) En entrant dans un poulailler, il est facileU ' vo ’ r c l ue » raa lg r é son étendue, les poules ,coqs, peintades et poulets qui y passent la nuit,n’occupent qu’un certain espace; qu’ils se trou-vent les uns à côté des autres , de manière às’échauffer et à s’électriser réciproquement. J’airemarqué que leur habitation devoit être plutôttrop petite que trop grande, mais toujours pro-portionnée au nombre des volailles ; car il paroitconstant qu’il y a peu d’œufs à espérer des poulesqui demeurent dans un grand poulailler. (P.)
(7) Que le coq, de ses soeurs et l’époux et le roi, l’âge 8,Toujours marche à leur tête, et leur donne la loi. "t ^ ’
Il peut dix ans entiers les aimer, les conduire ;
Il est né pour l’amour , il est né pour l’empire.
En amour , en fierté, le coq n’a point d’égal.
Une crête de pourpre orne son front royal ;
Son œil noir lance au loin de vives étincelles;
Un plumage éclatant peint son corps et ses ailes,
Dore son cou superbe, et flotte en longs cheveux:
De sanglans éperons arment ses pieds nerveux :
Sa queue en se jouant du dos jusqu'à la crête,
S’avance et se recourbe en ombrageant sa tête.
Sa tendresse , toujours active et vigilante ,
Défend le peuple heureuxqu’il conduitparses soins.Roi sensible, époux tendre, il veille à leurs besoins.Il aime à leur offrir la pâture cachéeQue son pied scrutateur sous la terre a cherchée.
( Rosset , Poème de l’agriculture, Chant VI. )
On voit quelquefois des coqs , parmi ceux del’espèce commune , qui au lieu d’avoir la crêtesimple et élevée, l’ont divisée en deux ou plu-sieurs pièces , de manière qu’elle ressemble ,pour ainsi dire, à une grenade double. Dansplusieurs endroits on rejette ces coqs commemoins vigoureux que les autres ; mais Rozierobserve que c’est une erreur , si le coq a d’ail-leurs toutes les autres qualités requises.
On voit aussi quelquefois des saltinbanques ,ou des banquistes, promener des coqs cornusqu’ils montrent comme des monstruosités de laNature, et on en trouve même lafigure dans quel-ques ouvrages sur les monstres ; c’est au moyend’un tour-de-main bien simple qu’on parvient àproduire cet effet, qui n’est véritablement qu’unegreffe animale. On coupe la crête d’un jeune coq,on y insère , entre les deux membranes qui lacomposent, un ou deux ergots fraîchement cou-pés aussi à un jeune animal ; on les fixe dans ladirection qu’on veut leur donner, par quelquespoints de sutures , et on laisse l’animal tran-quille : la reprise se fait promptement , l’ergotpousse quelquefois vigoureusement ; s’il n’y ena qu’un, le coq est montré comme licorne ; s’il yen a deux, on l’annonce comme coq-chèvre, etc. ;et le peuple , toujours crédule et toujourstrompé , répète , de bonne foi, toutes les er-reurs qu’on lui débite pour le duper. Il en estainsi des prétendus œufs de coqs , auxquels on
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