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CINQUIESME LIEU
rentes parties du couvoir, guident pour l’en-tretien du feu ; on obtient le même service defioles remplies d’un fluide gras qui se figelorsque la température est au-dessous du tren-tième degré , et que Réaumur a imaginé defaire avec un mélange de beurre et de suif.
L’intensité de chaleur n’est pas la même dans;toutes les parties de la pièce, elle va jusqu’àtrente-deux et même trente-trois degrés autourdu poêle ; mais dans la partie la plus éloignée „elle ne passe pas trente : elle est d’ailleurs moin-dre dans la région inférieure.
Dubois ayant reconnu que , vers le douzièmeou quinzième jour de l’incubation , il falloit undegré de chaleur moindre que celui qu’on avoittdonné d’abord, il alonge graduellement les cordesqui tiennent suspendues les corbeilles, afin de lesrapprocher du sol où la chaleur est moindre, ettil les éloigne successivement du poêle, ou bienil place, à cette époque, les oeufs dans des tiroirsposés les uns sur les autres , et un peu éloignésdu poêle, ayant soin de remuer plusieurs foispar jour tous les œufs, afin que toutes les par-ties de l’œuf soient également échauffées.
Méthode de Bonnemain.
L’étuve de Bonnemain est située au-dessusdu rez-de-chaussée, elle a douze pieds (quatriemètres ) de long, sur six pieds (deux mètres) dielarge, et six pieds (deux mètres) de haut ; il yexiste quatre corps de tablettes à quatre étages :un, contre le mur, à droite ; deux, au milieu, e tun, contre le mur, à gauche. Ces tablettes porten tdes tiroirs dont le fond, qui est une toile dainesoutenue par des barreaux de bois, est couver td’œufs sur un seul lit. Tous les tiroirs ensembhepourroient en soutenir dix mille. Sous chacundes tiroirs (ils sont tous élevés sur des pieds )est une cuvette de plomb , tenant de l’eau ; au-dessus de chaque rangée de tiroirs , régnent ho-rizontalement six tuyaux remplis d’eau chaude ;ils sont fixés aux tablettes. Ces six tuyaux ,pour échauffer successivement les œufs distri-bués sur les quatre étages des tablettes , ontbesoin de se relever à l’extrémité de la première ,de reprendre la situation horizontale au-dessu sde la seconde rangée de tiroirs, puis au-dessusdes autres , et ensuite d’aller se décharger dan s
l’évasement supérieur d’un tuyau qui ramènel’eau au vaisseau qui l’avoit fournie aux tuyauxde l’étuve.
Ce vaisseau est dans une pièce inférieure àcelle du couvoir; il est formé de deux cylindressoudés ensemble , chacun est de trois pieds ( unmètre) de hauteur: l’un, qui est extérieur, asept pieds et demi ( deux mètres cinquante cen-timètres) de circonférence ; l’autre , qui est in-térieur , n’a que dix-huit pouces (cinquantecentimètres) de diamètre ; tous deux sont éga-lement terminés par un cône tronqué.
L’espace qui existe entre les deux cylindresdonne à ce vaisseau une assez grande capacitépour contenir l’eau , et la cavité que présentel’intérieur du second cylindre le rend propreà faire les fonctions du fourneau : pour cet effet,il y a dedans une grille pratiquée à l’endroit oùcommence la base du cône. Dans le dessin derendre plus durable le feu qu’on fait sur cettegrille , Bonnemain renverse dessus une boitecylindrique en cuivre, remplie de charbon, etqui est fermée à sa partie supérieure par un cou-vercle luté, c’est-à-dire qu’il fait de son four-neau un athanor ; et pour avoir une températureplus uniforme, il bouche l’extrémité du cônequi reçoit et par où l’on retire les cendres , etil ajuste à une porte latérale placée plus bas quela grille , le régulateur du feu , dont il est l’in-venteur , et que tout le monde connoît.
Les choses ainsi disposées, Bonnemain ex-pose les œufs à une température de quinze àseize degrés, et les place aussitôt dans les tiroirsde son étuve déjà échauffée à trente-deux degrés,à l’aide de l’eau en circulation dans les tuyauxdont nous avons parlé ; malgré la températureà laquelle sont élevés ces œufs avant d’êtreintroduits dans l’étuve , ils se chargent, aussi-tôt leur entrée, d’une vapeur humide qui ne sedissipe qu’au bout de vingt-cinq à trente mi-nutes , et qui annonce que l’air n’y est pointtrop desséché. Deux ou trois jours après l’intro-duction des œufs , Bonnemain les passe à lalumière, et reconnoit, à une ombre qui y Hotte,s’ils sont fécondés ; au bout de dix jours il sent,à la chaleur généralement répandue dans lesœufs , que les germes sont en vie ; il retournesouvent les œufs pendant le temps de l’incuba-