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CINQUIESME LIEU
terres , par des déblais que , dans ce pays , on estobligé d’amonceler dans certains endroits, parceque , si on les répandoit comme ailleurs , ilsrendraient le terrain inégal, et l’irrigation diffi-cile et même souvent impossible.
Vers le milieu de Janvier (Nivôse), on visiteces fours, on les répare , et comme ils sontban-naux et que chacun d’eux a un arrondissementde quinze à vingt villages, on en avertit les habi-tans, afin qu’ils viennent apporter leurs œufs.
Aussitôt qu’il en est arrivé une quantité con-venable , on la met dans les chambres qui doi-vent servir à la première couvée. Il est à remar-quer qu’on n’emploie jamais, pour la faire , latotalité des fours , mais seulement la moitié deceux que contient le bâtiment ; et que, s’il y ena une douzaine, par exemple , on les prend dansl’ordre suivant : le premier, le troisième , le cin-quième , le septième, le neuvième et le onzième.
Les œufs rangés à trois d’épaisseur dans leschambres inférieures de chaque four, sur unlit de paille hachée et de poussière, mélangequ 'Aristote a peut-être pris pour du fumier , onplace dans les rigoles des pièces supérieures labraise allumée résultante de la combustion desmottes de fumier, et qu’on retire du fourneauoù nous avons dit qu’on la préparait.
Après quelques instans, on ferme les portesdes deux pièces , et seulement les ouvertures quisont aux voûtes des chambres supérieures ; labraise achève de se consumer: on la renouvelledeux ou trois fois le jour, et autant la nuit, avecla même précaution , àchaque fois, de déboucherun instant le trou de la voûte , soit pour renou-veler l’air, soit pour garantir les œufs de la pre-mière impression de la chaleur.
On continue ainsi le feu pendant dix jours :une longue expérience, un tact exercé , l’appli-cation des œufs contre les paupières , voilà lesthermomètres dont on se sert en Égypte pour lediriger, pour avoir toujours la même tempé-rature.
Pendant cet espace de temps , on retournesouvent les œufs , on les examine , on sépareceux qui sont gâtés et ceux qui sont clairs.
Le onzième jour on organise la seconde cou-
vée, c’est-à-dire qu’on place de nouveaux œufsdans les loges inférieures des six fours laissésvides lors de la première couvée , et qu’on rem-plit de braise allumée les rigoles de leurs logessupérieures 5 mais aussitôt que le feu est allumédans ces fours, on le cesse dans les autres , demanière que les œufs de ceux-ci ne sont pluséchauffés que par le feu nouvellement allumédans ceux-là, et qu’ils n’en reçoivent la chaleurque par les fenêtres latérales que nous avons ditexister clans les chambres supérieures des fours ,et rester toujours ouvertes.
La seconde couvée étant ainsi organisée, onretire des chambres basses des premiers foursemployés , la moitié des œufs , pour l’étendresur le plancher des chambres hautes. O11 fait cechangement, parce que les œufs exigeant d’au-tant plus de soins qu’ils approchent du terme oùles poulets doivent en sortir , on peut les visiter,les retourner, les déplacer avec plus de facilité.
Lorsqu’on a gagné le vingtième jour de l’in-cubation , on voit déjà quelques poussins briserleurs coquilles ; le plus grand nombre éclot lelendemain avec ou sans aide : il en est peu quiattendent le vingt-deuxième jour.
Les plus forts poussins sont portés dans lachambre destinée à les recevoir, pour être dis-tribués à ceux qui ont fourni les œufs , et quien obtiennent deux pour trois ; les plus foiblessont conservés quelques jours dans le corridor.
Cette première couvée ainsi terminée, on pro-cède à la troisième, et en même temps on seconduit pour la seconde comme l’on avoit faitpour la première, c’est-à-dire que, dans les foursn os . 2,4 ) 6,8 , 10) 12 , on déplace une partiedes œufs, on supprime le feu , et on n’y reçoitplus de chaleur que celle qui leur est commu-niquée par les fours à nombre inq>air.
On continue la même manœuvre sur toutesles couvées successives qui ont lieu pendant lasaison.
D’après cette description des procédés prati-qués en Égypte , nous croyons qu’on n’attribueraplus les succès qu’on en obtient dans ce pays , àla bonté du climat. En effet, au lieu de ce feude paille dont parlent nos voyageurs, au lieu decette flamme momentanément considérable, ca-pable de produire une chaleur irrégulière, et,
comme