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CINQUIESME LIEU
Là, pour qu’ils y fussent plus sainement ,l’air devroit être sans cesse renouvelé : on rem-plirait complètement ce but , en conduisant letuyau de poêle dans une espèce de cheminéedont l’ouverture inférieure commençant au ni-veau du plafond de la chambre, présenteroit unevaste issue à l’air qu’elle contient ; et afin quecelui qui viendrait du dehors pour le rempla-cer , ne produisit pas de froid , il serait bon dele faire arriver dans un réservoir ménagé dans lepoêle, où il serait d’abord échauffé , et d’où ilse répandrait ensuite dans la pièce par des bou-ches de chaleur.
Là , pour qu’ils puissent se fortifier , il fautleur procurer un promenoir ; c’est un petit ter-rein attenant à l’étuve, un petit enclos où onlâche les poussins pour s’y ébattre au soleil, ets’y accoutumer insensiblement aux impressionsde l’air.
Là, enfin, on leur sert une nourriture ap-propriée à leur âge : d’abord, de la mie de painhumectée d’un peu de vin , de la mie de painet des œufs durs, de la mie de pain et dumillet ; puis , de la pâtée avec de l’orge concasséeet des pommes de terre cuites, dans laquelle onajoute les restes de cuisine, des os broyés , despoireaux hachés, etc. 5 le tout est mis , en petitequantité, souvent renouvelé, dans des augets ,mangeoires ou trémies exactement nettoyés tousles jours, ainsi que le vase qui contient de l’eautrès-nette; ce vase est disposé de manière à laisserseulement aux poussins la faculté de passer latête ou le cou pour boire.
Pendant le second mois, on diminue la cha-leur de leur étuve ; on les tient plus long-tempsexposés à l’air, et on leur ôte leurs mères arti-ficielles.
Sur la fin du troisième mois , on les engraisseen dix à douze jours, dans des mues eu épi-nettes , avec une pâtée formée d’un mélange dedeux parties de farine de sarrazin , d’une partiede farine d’orge, et autant de celle d’avoine , cemélange bien pétri avec de l’eau , ou mieuxencore avec du lait.
L’on conserve les plus grands et les plus grospour en faire des chapons et des poulardes ; lesplus vifs et les plus forts pour repeupler la basse-cour.
Avantages des méthodes artificielles.
Pour les apprécier, il suffit de considérer lesrésultats qu’elles donnent, tant en Egypte qu’enFrance , et de les comparer ensuite à ceux qu’onobtient de la couvaison naturelle.
En Égypte , les fours rapportent constammentplus des deux tiers en poulets, puisque le conduc-teur rend toujours deux mille poussins pour troismille œufs qu’il a reçus, et qu’il se contente,pour son salaire, des poulets qui éclosent dutroisième mille.
En France , il serait très - possible d’obtenirun produit équivalent, puisque Réaumur, mal-gré la défectuosité de sa méthode, comptoit surle succès des deux tiers des œufs fécondés , etqu’une fois il a vu éclorre quatre-vingt-seizepoulets de trois cents œufs mis dans un de sesfours verticaux; puisque Bonnemain, quand ilopérait sur les œufs de ses poules, avoit presquetouj ours autant de poussins qu’il avoit mis d’œufsdans son couvoir.
Or, tout le monde sait que le cultivateur quifait couver ses poules, se trouve en général très-heureux quand il voit réussir moitié de ses cou-vées , tant il est commun de rencontrer de mau-vaises couveuses. En effet, les unes cassent lesœufs en se mettant dessus trop pesamment; lesautres les brisent en voulant les changer de place :celles-ci les mangent ; celles-là , après les avoircouvés un certain temps, les abandonnent. 11en est qui, après avoir conduit leurs couvéespresqu’au terme , s’impatientent , ouvrent lesœufs à coups de bec, et tuent les poulets toutformés : il en est encore qui, par trop d’af-fection , étouffent les poussins à leur sortie descoquilles.
Tant d’avantages d’un côté, tant d’inconvé-niens de l’autre, doivent engager les Européensà redoubler d’efforts pour former des établisse-mens qui puissent soutenir la concurrence avecceux d’Égypte .
Formons des vœux pour voir reparaître enFrance un autre Réaumur, un propriétairesavant et riche , zélé pour l’intérêt de son pays ,qui examineroit tous les procédés de l’art defaire éclorre et d’élever les poulets , porteraitcet art à sa perfection , l’enseigneroit aux habi-