DU THEATRE D’ AGRICULTURE.
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Concombres
serpentins.
Courges.
autre selon les nécessités des temps .Plineaprès Columelle donne la recepte d’avoirdes concombres durant toute l’année .C’esten fourrant la graine de concombre, dansla mouëlle des grosses orties, dont le troncaura esté couppé rondement dans terredeux doigts, d’où prenant nourriture,comme ente, fructifie en toutes saisons,moyennant la f aveur du soleil, du fumier,de la culture , et de l’arrousement.
Autre race de concombres que de lacommune, se void non sans esbahisse-ment, pour son estrange figure, ressem-blante celle du serpent autant naïfvementqu’on diroit que Nature a voulu là ref aireson propre ouvrage. Ces concombrescroissent entortillés de la longueur dequatre à cinq pieds, et davantage, ayansla teste, les yeux , la bouche, commeles vrais serpens $ toutes-fois les yeux etla bouche peints , sans enfoncement quidescouvre la chose y regardant de près.La couleur est universellement barrée enveines grises, vertes, et jaunes. Us tien-nent à la plante par le bout de la queue.Ce sont ceux dont Pline faict mention ,qu’il appelle concombres scorpionistes etserpentins , les tenant estre sauvaiges.L’horreur de leur figure les rend plus ad-mirables que mangeables , encorcs queleur goust, de lui-mesme, soit aussi bonque des autres concombres. Leur semenceest venue d’Esjmigne à Tholose, et de làplus avant en certains lieux de Langue doc , où néantmoins elle y est encorestrès-rare. Ils ont au reste de commun avecles autres concombres, la culture en toutessortes, par quoi aucun particulier traic-tement n’est requis pour les eslever (5i ).
Quant aux courges, de trois principalessortes en avons-nous, distinguées par ces
mots, courges , cougourdes , citrouilles.Les courges et cougourdes ne diffèrentqu’en figure , estans de couleur blanche,et de semblable goust. Les courges sontlongues, y en ayant attaindre jusqu’àcinq ou six pieds. Elles sont plus déli-cates et plus propres à confire pour enfaire du carbassat, que les coupourdes :et celles-ci, sont rondes, commodes àestre asséchées pour en faire des bou-teilles à tenir vin , huile , et autres li-queurs. Je ne doubte qu’en jdusieurs en-droits , ces deux espèces-ci ne se confon-dent en leurs appellations , pour laconformité de leur service. Leur racen’est estrangère , ains originaire de cer-taines provinces de ce royaume , aussi enla plus-part d’icelui, sont-elles dictescougourdes de pays. Des citrouilles n’estde mesme , car l’engeance nous en estvenue des royaumes de Naples et d’Es-paigne , de différentes espèces , dont lesaucunes sont de monstrueuse grosseur etpoisanteur.Tantde sortes de cesfruicts-cinous ont esté apportées d’ouIre-mer, deBarbarie, de Maroc , de Turquie , etd’autres parties lointaines , qu’il scroitimpossible les représenter toutes exacte-ment. Il y en a de grandes, de petites,de godcronnées , ressemblantes à citronsetponcires, diversement colorées. Géné-ralement les ramages de ces fruicts-ciaiment à grimper en haut ès treilles ettonnelles. Mais par la grande poisanteurdes citrouilles, l’on les laisse remper surterre, donnant quartier ès autres en haut,pour s’y agrafer selon que leur légèretéle permet j bien-que l’usage du commundes jardiniers, soit de les faire , sans dis-tinction , toutes accroistre et fructifier enbas traisnans sur la terre.