DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.
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sans héritiers, contre le commun natureldes arbres. C’est pourquoi , les ancienspoètes représentoient leurs Champs Eli-zéens, complantés de cyprès, et cpiecestarbre , par les Payons, a esté dédié àPluton . Aussi se servoient-ils de rameauxde cyprès aux funérailles de leurs morts ,desquels ils couvraient les corps les por-tans au sépulchre. Aujour-d’hui voicl-ondans les cloistres des moines abondancede cyprès, marque de leur célibat. Lecyprès désire l’aer, plustost chaud quefroid , venant aussi assés bien sous cieltempéré, pourveu qu’il soit aucunementcouvert de la bize. La graine sera seméeau mois de Février ou de Mars , la luneestant nouvelle , en terre curieusementpréparée dès l’hyver précédent, à la mainet avec du menu fumier : afin d’estreconsumé avant que la semence y soit miseauprès, cela estant nécessaire pour lafaire naistre, car le voisinage du nouveaufumier, pour sa grande chaleur, la brusle.Elle sera couverte de deux doigts de terrebien deshée , puis subtilement arrouséetous les jours, jusqu’à ce qu’elle soit le-vée : car après , n’a besoin d’eau, qu’entemps de grande sécheresse.Est nécessairede la tenir bien sarclée , à ce que les ma-lignes herbes ne la suffoquent, solicitantaussi par bonne culture , les racines desjettons en provenans, à s’accroistre etfortifier. Dans trois ou quatre ans, en se-ront les arbrisseaux propres à transplan-ter , car d’attendre davantage , leur re-prinse serait doubteuse, ne voulans estredesracinés beaucoup advancés en aage,ains d’estreprins et maniés encores jeunes.Requièrent la fosse large, pour , à l’aise,y estendre leurs racines, qu’ils jettentplus largement que profondément. Un
bon pied et quart suffira pour tout en-foncement, ou ce serait que le lieu fustplus sec, qu’humide, auquel conviendraitaller plus avant. Et comme la semencecraint la chaleur du fumier, de mesmefont les racines : par quoi, leur mettra-onauprès en les recouvrant, plustost deterre nouvelle et vigoureuse , que d’autreamendement. Si c’est pour le faire monteren tige , comme bois de haute fustaie ,avec l’ongle en seront curés les jettonscroissans en bas au tronc, qu’on treuveencores tendres (n’y touchant avec le ferque le moins qu’on pourra, car cest arbrele craint), ainsi conduisant le tronc. S’envoulant servir en palissades ou barrières,en tapisseries contre les murailles, encabinets , en berceaux , de mesme l’on ledressera, et y seront ad-joustés des pauxet perches , pour, servans de moule, enretenir les branches nouvelles , leur fai-sans prendre pli, selon que l’ouvrage lerequerra. N’y touchant du tout rien, lecyprès croistra en pyramide, large enbas et poinctu en haut, avec beaucoupde grâce : mais il occupe grand lieu , àcause que ses rameaux bas, s’estendentsur la terre. Incommodité qui n’emjies-cliera pourtant de disposer des cyprès ,et par ceste ordonnance, et parles autres,à fin de tirer tout le plaisir de ces arbres.
Les masle et femelle du cyprès se dis-cernent facilement. Le masle, seul, portedes coques semblables à petites pommesde pin , dans lesquelles la graine est en-fermée , et produit son ramage plus serréet en plus grande abondance, que la fe-melle. D’une mesme semence, sortent lesdeux sexes, toutes-fois , par grains dis-tincts , selon le particulier naturel d’unchacun d’iceux. Au printemps et en l’au-
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