DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE. a83
Pouîiot.
Sauge.
sablonneuse , toutes - fois vigoureuse ,fumée et arrousée. On la met en terreenviron demi-pied, devant ou après l’hy-ver , la lune estant nouvelle. D’en semerla graine, ne se faut soucier, puis que laracine et la bouteure sont de si facile re-prinse : ce sera seulement à leur défaut,qu’on employera la semence. La mentese maintient longuement au jardin , s’ypeuplant et renouvellant d’elle-mesmepar rejettons, y estant une fois logée. Aen horreur l’attouchement du fer : parquoi n’en faut jamais cueillir les brinsqu’à l’ongle , rejettant tous autres ins-trumens. Est de bonne odeur, telle, avecsa couleur , sans deschet, se les conser-vant toute l’année, maugré les froidures.
Le pouliot a grand rapport avec lamente, à cause de leur commun eslève-ment et service. En ceci sont contraires cesplantes, que ceste-ci désire d’estre esmun-dée et souvent retaillée avec cousteauxtrencheans , pour la faire profiter (85).
Le semer et le planter sont familiers àla sauge , venant fort bien par quel qu’ilsoit de ces deux chemins-là. Mais encoresmieux par branches entorses , fichéesquatre doigts dans terre, les recourbant.L’automne et le printemps en sont lessaisons , en croissant de lune. Désired’estre exposée en plain soleil. Profite enterroir maigre et sec , moyennant qu’onla descharge d’importun voisinage, d’her-bes et d’autres empeschemens. Ne veutestre arrousée qu’aux extremes séche-resses de l’es.té , ni amendée , qu’avecdes cendres, pour tout fumier. Le tondreplusieurs fois Tannée , la faict rejettergaillardement : pour laquelle cause nelui laissera-on jamais, ni les fueilles fles-tries, ni les trop vigoureuses s’en mon-
tans en haut. Pour plusieurs bonnes qua-lités , est recerchée la sauge. Elle esttrès-profitable à la santé, plaisante à laveue , et au flair, utile à la cuisine. Necraint par trop les mauvais temps , dontassés longuement se maintient-elle aujardin , saine et entière.
L’on manie diversement la marjolaine.Ceux qui le mieux s’entendent à ce mes-nage, après l’avoir eslevée par semence,la transplantent ailleurs : les autres lalaissent au séminaire. C’est une excel-lente plante , des plus exquises du par-terre : mais pour sa grande délicatesse ,ne peut vivre sous aer beaucoup froid, etencores quel qu’il soit, n’y dure-elle quequelques années. Outre sa bien-séance ,elle est utile en plusieurs choses, voire sesert-on de tout ce qu’elle produit ( sanstoucher aux remèdes des maladies, oùelle est opportunément employée ). Pourdonner goust au pain, on l’en saupoudre,l’envoyant au four, selon l’usage de plu-sieurs lieux de l’Italie , de Naples , de laSicile , et de Malte , là n’espargnant lagraine de ceste exquise plante. La baierestante de la graine, et les tendres brinsde leurs jettons , sont convertis en pou-dres pour la potagerie. Et ces poudres-ci,et la graine de mai'jolaine, sont mesléesparmi les matières dont certains Ale-mans composent leurs boissons, qu’àtelle cause vont-ils prendre au Milanois,où s’en faict marchandise. Ainsi que lesjardiniers de Nismes envoyent la grainede ceste herbe aux foires de Lion , d’oùelle est distribuée par toute la France .
En terre desliée et vigoureuse , serasemée la graine de la marjolaine , la luneestant nouvelle , le jour beau, et l’hyverdu tout escoulé , pour en transplanter
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Marjolaine