336
S I X I E S M E LIEU
Commentarrnuser lesjeunes arbris-seaux.
guerest et deschargé de toutes herbes, àl’utilité des bonnes plantes. Au labourerconvient aller retenu, sur tout la pre-mière année , c’est à dire , ne profonderbeaucoup en terre, en la marrant, de peurd’offencer les racines des arbrisseaux : à laseconde, y aller un peu plus avant } ainsicontinuant par discrétion jusqu’à ce quefortifiées et ayans prins terre, aucun la-bourage ne leur soit espargné. L’arrou-ser est aussi requis à l’advancement deces arbres , sur tout en leur commence-ment , ne pouvans lors que mal aisémentsouffrir la sécheresse , plus la craignans,que plus chaud en est le pays. Si avésl’eau à commandement, faictes-la dou-cement couler près des arbres en tempsopportun : mais gardés d’abuser de tellecommodité, soit ou en la faisant croupirsur le lieu , soit ou eu les arrousant tropsouvent, car par l’une et l’autre voie,tost ou tard, les arbres périssent. Lemoyen de se servir utilement de l’eau ,est de l’employer seulement en la néces-sité , qui est lors que par les grandes cha-leurs l’on void la terre altérée, laquelleen tel poinct, abbruvée , causera tel ra-ffescliissement aux arbres, qu’avec la cha-leur de l’esté, à souhait, s’accroistront-ils. Tel arrousement, toutes-fois, ne seraemployé indifféremment toutes les an-nées, afin de n’accoustumer les arbrespar ti'op à boire, et par là , rendre incer-taine leur reprinse en lieu sec, auquelsouvent l’on est contraint de les replanteret loger pour la dernière fois. Ains leurdonnera-oii l’eau plus souvent ès premiersqu’ès derniers ans de leur séjour en labastardière, pour, petit à petit, les se-vrant de boire, par manière de dire , lesdesaccoustumer de l’eau , pour aisément
s’en passer (icelle défaillant), après estrereplantés au verger.
Or comme il est requis d’estre modéréà i’arrouser des arbres , aussi est néces-saire beaucoup de discrétion au curer etnettoyer, pour les faire croistre, ainsiqu’il appartient , en ceste leur tendrejeunesse : car estant ce poinct mal en-tendu, c’est procurer la mort aux jeunesplantes, ou du moins les advancer mal àpropos, pour après ne pouvoir faire bonnefin. Il est certain que tout jeune arbres’efforce à vous obéir, quand se sentantdeschargé de branclieage, s’en monte hau-tement: mais c’est à sa ruine, si trop tost,ou ignoramment, l’on l’a esmundé, dontfinalement par la foiblesse de son tige,le pied estant curé, demeurant mince,l’arbre se recourbera par le haut, et sanspouvoir passer outre , languissant, des-séchera. Pour laquelle perte prévenir , ettout-d’une-main rendre l’arbre bien fa-çonné , faudra s’abstenir patiemmentd’en coupper rien avec le fer, de ses deuxou trois premiers ans : ains seulementavec l’ongle, oster ce que sans surcharge,l’on ne lui pourroit laisser , comme lebout des branches des costés s’escartanspar trop , sans s’oublier d’en coupper au-cune rès du tronc, avant le susdict terme.Cela se fera de jour à autre , à mesurequ’on verra les jettons s’allonger, desquelsla cime seraroignée entre les deux ongles:laissant croistre amont celui du milieu,qui se trouvera le plus droict, pour servirde maistre pied, ou tige. Toutes-fois,ce sera avec un jusques-où, qui pourraestre limité à six pieds , pour là, faire lafourcheure de l’arbre. Aussi quoi-qu’iltardast, coupperoit-on telles branches ,quand ce ne seroit qu’en transplantant
l’arbre,
Commentles curer.