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SIXIESME LIEU
le garder tant qu’on voudra , attendantl’usage et la vente.
Nous planterons les cerisiers etguiniersenviron le plus court jour de l’an, si nousvoulons suivre la doctrine des Antiques :lesquels arbres , pour la rarité , ils traic-toient curieusement. L’on donne à Lu-cullus l’aprivoisement des cerisiers enItalie , où il les fit transporter de Pont,après ses victoires contre le roi Mitliri-dates , le nommant cerasium, d’une citédicte Cerasos , d’où il les tira. Despuisce temps-là , l’Italie non seulement s’enest treuvée fournie , ainspar son entre-post, le reste de l’Europe , si qu’il n’y aaujour-d’liui province desgarnie de telsarbres. Le lieu propre pour le cerisier etguinier, est celui qui plus participe dusablon que de l’argille , de l’humide quedu sec, estant sous climat tempéré, pluschaud que froid , bien-qu’il souffre asséspatiemment les injures des froidures.Comme il y a plusieurs sortes de cerises,aussi diversement sont - elles nomméesselon les pays : non toutes - fois sansquelque confusion $ car en France on ap-pelle , cerise, le fruict qu’en Languedoc on clict, agriote, et la cerise de telleprovince est nommée en France , guine.Toutes lesquelles cerises se discernentpar leurs grandeurs, figures , couleurs,gousts : s’en voyant des grosses, moyen-nes , petites : rondes , longues , plates ,refendues : des rouges, blanches, noires :des aigres, des douces : des molles, desdures : et des autres ineslingées de di-verses qualités. La cerise, ou agriote, estplus aigre que douce , comme tirant sonnom de là : au contraire, la guine, plusdouce que aigre. Plus de sortes y a-il dela douce que de l’aigre , de ceste-ci ne
s’en treuvant que de deux ou trois sortes,desquelles la grosse agriote, ayant laqueue courte , le noiau petit, estant decouleur rouge-brun, surpasse les autresen valeur : mais de ceste-là , le nombreen est beaucoup plus grand : parmi le-quel paroissent pour les plus prisées ,les duracines, appellées aussi, gratifions ;mot prins en Dauphiné, généralementpour toutes sortes de guines. Ce seroitnon seulement trop entreprendre , ainsse confondre , de rapporter les noms queles Italiens , Piedmontois et Espaignolsdonnent à ces fruicts-ci ; suffira d’en re-présenter quelques-uns des plus usités èsprovinces de ce royaume, pour les apro-prier ès lieux esquels l’on est.
Merises, sont guines presques sauvaigeset petites , tenans de l’amer , dont ellesportent le nom. Cueurs, sont assés gros-ses , poinctues et fendues, ainsi dictes àcause de leur figure ressemblant, et enleur chair et en leur noiau, aucunementle cueur d’une créature humaine, par au-cuns, sans grande raison, appellées aussi,cerises heaumées, et leurs arbres , heau-miers. Non plus pouvons-nous dire pour-quoi d’autres cerises sont dictes, pingue-reaux, rodanes, grafKons et semblables :très-bien des musquates, dont le goustrend raison de leur appellation : l’on lespeut accoupler avec les cueurs , pour laconformité de leurs communes et exqui-ses qualités. Ces noms sont donnés auxguines , non aux agriotes, qui ne se dis-cernent autrement que par les marquessusdictes.
Les cerisiei’s et guiniers se délectentd’estre entés. Si c’est en fente qu’on désirede les affranchir (car ils reçoivent tousentemens), le plustost sera le meilleur,