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SIXIESME LIEU
qualités esmerveillables. Car despuis lemois de Mai jusqu’à celui de Décembre,des poires bonnes à manger se trouventsur les arbres. En considérant particuliè-rement les diverses figures , grandeurs ,couleurs , saveurs et odeurs des poires,qui n’adorera la diverse sagesse de l’ou-vrier ? Des poires se voyent rondes, lon-gues , goderonnées, poinctues, mousses:des petites, moyennes, grandes. L’or,l’argent, le vermillon , le satin vert, re-luisent aux poires. Le succre , le miel,la canelle, le girofle , y sont savourés ; etflairés, le musq, l’ambre, la civete. Bref,c’est l’excellence des fruicts que les poires,et ne seroit digne verger, le lieu auquelles poiriers et pommiers défàudroient, se-lon qu’ensemble les avons accouplés. Lesantiques Romains se sont plus arrestésaux poiriers qu’à nul autre fruictier : etdes estrangères nations non seulementen ont-ils transporté les races en leursvergers , ains leur ont faict porter lesnoms, comme tesmoignent ces tiltres ti-u< r é s l’antiquité, poires pompeianes ,poim. coriolanes, dolabellianes , decumia-
nes, licerianes , severianes , ampho-rines , volesmes, nevianes, larentines,et semblables, qui seroient trop longs àréciter. Lesquels noms, par la révolutiondes siècles, ne sont plus cogneus aujour-d'hui, non plus que plusieurs autres im-posés aux fruicts pour diverses causes,prinses , ou des lieux d’où premièrementont esté tirés, ou de leurs marques parti-culières , ou du temps de leur maturité,et semblables, qui ont confondu leurs ap-pellations. Et quand mesme en ce temps-ci demeureroient telles, ne les pouvons-nous pourtant rapporter à nos poires,pour icelles appellations n’avoir esté pa-
reilles généralement par tout : à quoi denécessité eust fallu que tous peupleseussent consenti, si on les eust vouluconserver, et sans confusion s’en servir.
Mais tout le rebours s’est pratiqué des-puis plusieurs siècles, car non seulementchacune province , ains presques chaqueprivé enteur a donné à ses fruicts nomsselon sa fantasie. Aux noms suivans, plu-sieurs de ce royaume recognoissent leurs mc,Urnepoires , non toutes-fois que j’estime celaestre sans dispute : d’autant qu’ici unepoire aura un nom, là un autre , voiretelle sera appellée diversement, commeje l’ai remarqué estant à Paris , où lapoire appellée , de messire-jan, est cellequ’en Dauphiné et Languedoc , l’onnomme, de coulis: et la pomme qui entelle province est dicte de george, estcelle de chastagnier en France . C’estnéantmoins peu de cas que cela , au prixde la bonté des fruicts, où principale-ment faut tendre. Ainsi donquesnomme-rons-nous nos poires, et d’aucunes repré-senterons les qualités, pour satisfaire àla curiosité de plusieurs. La petite mus-quateline , ceste-ci est la plus petite, laplus musquate, et la plus primerainede toutes les autres. La dorée, ainsidicte pour l’or dont elle est peinte ducosté regardant le soleil : elle est assésgrossète, de figure tendant à la rondeur,de précieux goust, et de meurté con-temporaine à la musquateline. Les blan-quetes, sont de diverses grandeurs , laplus grosse est surnommée de Florence ,estans toutes de semblable couleur, assa-voir , fort blanche, dont elles portent lenom, meurissans presques de compai-gnie dans le cueur de l’esté. Les musqua-te les, sentent toutes le musq, au reste
sont