DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE. 4i3
sont, par accident, despuis mortes , pouraprès en leur place y en surroger desvifves. Le plustost qu’on peut réparertelles défectuosités est le meilleur, pourla difficulté, ou plustost impossibilité , defaire croistre des nouveaux arbres, parmila foule des vieux ; ceux-ci au détrimentde ceux-là occupans et la terre et le ciel,si que passées les trois premières années ,ne vous en reste par - après grande espé-rance de contentement. C’est pour lesvergers estroictement plantés, car où lesarbres sont posés au large , plus de loisira-on de pourveoir à tels défauts : nontoutes-fois tant, que le retardement nesoittous-jours préj udiciable, pour l’avan-tage que les premiers arbres ont par des-sus ceux qui viennent après ; leur inéga-lité rendant le verger, et moins plaisant,et moins fructueux.
men tabou- Tous arbres généralement désirent la
ra-ufondi. cu lt u re, plus ou moins s’y délectans lesuns que les autres, selon la diversité deleurs naturels. Nous avons veu l’olivier,quoi-qu’arbre délicat, attendre patiem-ment le loisir du laboureur, et qu’aprèsavoir longuement langui , la bonne cul-ture redonnée à propos, le remet en vi-gueur. Au contraire , le noier ( bien-quedu reng des grossières plantes ) ne pou-voir souffrir la négligence, ni par renou-vellé bon traictement estre remis $ si laculture qu’on lui a accoustumée en sa jeu-nesse lui est déniée tant soit peu, voire lapremière interruption lui causer la mort.Pour donques ne se descevoir, le mieuxqu’on pourra cultiver les fruictiers serale meilleur, et le plus désirable et louable,que ce soit avec modérée despence : d’au-tant qu’en cest endroit est question d’ac-coupler le profit au plaisir, non s’arrester
au seul contentement. Ainsi que le dési- moyens.rés, a viendra, si avés l’eau à commande-ment , et que soyés près de quelquebonne ville, pour débiter la potagerieque le fonds de vostre verger, servant enjardinage , rendra : d’où sortira argent àsuffisance pour satisfaire largement àtous frais , si que pourrés dire entretenirvos arbres pour néant. Mais d’un entre-tenement exquis et nompareil, le rappor-tant aux fruicts , lesquels en sortirontd’autant plus gros, beaux, et exquis,que les autres n’estans cultivés avec telsoin, qu’il y a de différence entre lesfrancs et sauvaiges. Si ne voulus entrete-nir tant de jardin , comme vostre vergerest grand , pourrés user de retranche-ment : divisant tout le lieu en trois ouquatre parties, plus ou moins, pouiT’uned’icelles estre seule, jardinée un coupled’années de suite : après sa voisine demesme accommodée, ainsi des autres ,faisant par ce moyen courir le jardin partout le verger , comme si c’estoit parc àbrebis : de telle sorte qu’il n’y aie recoinen tout le verger, qui au bout d’untemps, ne se ressente de la faveur du jar-dinage. Ayant le jardin faict la ronde partout le verger , repassera par son pre-mier chemin : dont, et les arbres se trou-veront parfaictement bien cultivés , et lejardin mesme mieux accommodé qu’ail-leurs : désirant , ceste espèce de do-maine , tous-jours terre nouvelle, pourestre deschargé de l’importunité de plu-sieurs bestioles qui dégastent la potage-rie dans terre, sur tout les oignons,mesmela courtillière, ainsi dicte en France , etsterpi en Languedoc , plus aux vieux jar-dinages qu’aux nouveaux. Sera continuéce jardinement, jusqu’à ce que, par l’ac-