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SIXIESME LIEU
mieux vaut fumer et arrouser, peu etsouvent, que trop à la fois. Le temps enest divers , pour la diversité de ces deuxmatières. Le fumier pour eschauffer lesarbres , sera employé en hyver : et l’eaupour les rafrescliir , en esté ; ainsi l’oncorrigera, et les froidures et les clialeurs.Les racines des arbres seront deschaus-sées : après l’on les recouvrira avec lesençraissemens meslés parmi de la terredu fonds, à ce que le pur fumier ne joigneaux racines des arbres, de telle matièrerécmplissant la fosse, en la réunissant auplant sans aucun relèvement. L’on des-tournera l’eau des racines, afin de n’ycroupir jamais , ains seulement y décou-lera-elle en passant ; en cest endroit seservant de l’addresse du jardinier, quin’arrousc jamais l’herberie qu’en la né-cessité. Ayant mis le fonds de vostreverger en légumes, blés, saffran , na-veaux , ou raves , ne ferés difficulté d’yfaire couler l’eau au besoin, par des petitscanaux qu’à cela aurés faict aproprier.De mesnje ferés de la vigne , parmi la-quelle seront plantés vos arbres , sansavoir tant d’esgard au descliet du yin (quine sort jamais si bon de lieu humide ,que de sec ) qu’au profit des arbres, les-quels aussi tiennent ici lieu de principal,et la vigne d’accessoire. Ainsi maniés lesfruictiers, et suivant les instructions sui-vantes , ne doubterés de leur bon et longservice.
cmJmM Ce n’est pas tout que de cultiver le fonds
de leur bran- J es arbres , il se faut soigner de leurs
cheage. ' O
branches , où gist la plus subtile mais-trise de leur gouvernement : pratiquéepar tous pays, nonrestrainte en aucuns,comme l’arrousement, qui n’est employépour les arbres , qu’ès endroits fort es-
chaufîés du soleil. Les arbres ne peuventbeaucoup fructifier , ne long temps de-meurer en service, estans sur-chargés debrancheage. Pour laquelle cause , il nefaut cercher l’abondance des gros fruicts,bien nourris et bien qualifiés, ès grandsarbres , touffus, abondans en ramage ;parce que le tronc de l’arbre ne peut sa-tisfaire à la fois à ces deux charges : ni
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aussi de tels arbres sur-chargés espérerlongue durée, ains de succomber sousle fardeau , et se ruiner eux-mesmes.Ces maux se préviendront en eslaguissantles arbres du superflu , leur laissant ànourrir peu de branches : lesquelles tiransleur vie des racines , qui demeurent en-tières , la redonneront aux fruicts avecbeaucoup de vigueur , dont ils sortiront,et en abondance , et qualifiés ainsi qu’ilappartient. Et si en demeureront lesarbres , sains et robustes, pour longue-ment durer en service, quant ayans gaie-ment nourri les fruicts , résisteront fer-mement aux tempestes , vents , brouterdes bestes, vermines et autres accidens,ausquels ils sont sujets : par ce moyenévitons de s’envieillir trop tost, et ensuite, de périr langoureusement. Or sansredire ce qui a esté enseigné sur le dres-ser des jeunes arbres , ici sera monstréela continuation de telle doctrine, pourl’appliquer selon l’aage des arbres et lescirconstances. Esmunder , Eslaguer ,étester, sont les oeuvres convenables à larameure des arbres advancés, qu’on em-ployé pour abaisser l’orgueil des jeuneset luxurieux arbres, et hausser le cueuraux vieux et langoureux : par ce moyen,reculant et advançant les arbres, qui parjeunesse, vieillesse, accident, ou autrecause , défaillent. Esmunder, est oster le
mort
Esmunder.