42.2.
S I X I E S JI E LIEU
Discourssur les diversgouverne-ment de lasaffranïere.
Parer lasaffranière.
craint fort : lui laissant telle couverture ,jusqu’à ce que reprins , il commence depousser son lierbe hors terre. C’est toutela despence de l’édifice de la saffranièreque cela : car de là en hors, ne faut queprendre, ou si peu de chose y faire, qu’onpeut presques dire le saffran en sortir deliquide revenu. Ne vous souciés de fairepasser l’eau à la saffranière , celle de lapluie suffisant pour tout arrousement.Aussi n’en rcjettés la commodité , si ellese présente , estant utile au saffran de lefaire boire ès grandes chaleurs de l’esté ,sur tout en pays qui tend au midi.
La saffranière est verdoyante presquestoute l’année , comme prairie , à raisonde son herbe, dont elle abonde, et d’autrequi s’y mesle parmi. A cause de quoi elleest f auchée à la fin de Mai , et acconté lefoin qu’on en tire , en augmentation derevenu. Mais ce mesnage n’est approuvéde tous, plusieurs ne souffrans aucuneherbe estrangère par-croistre avec le saf-fran , l’en deschargeans par serfouer (àla manière que les jardiniers accoustrentles oignons) , afin d’avoir du saffran enplus grande abondance , que par la pré-cédente voie. Les diverses raisons qui sereprésentent en ce mesnage, donnent ma-tière cl’en discourir. D’un costé est misdu saffran et du foin , nettement retiréssans despence de culture : de l’autre ,plus de saffran sans aucun foin, avec lesfrais du serfouer. A l’expérience se trou-vera , si le plus du saffran surpassera envaleur le foin et la despcnce, pour là-dessus se résoudre le mesnager : lequeln’oubliera de mettre en ligne de conte ,le soin de la culture , qu’il employé ouespargne en cest endroit.
Vers la fin du mois d’Aoust, convient
jnarer la saffranière, c’est à dire, l’appla-nir entièrement, comme si c’estoit airoà battre le blé , en ostant tout l’herbageparaissant sur terre : et de la terre mesineen incruster un peu de la superficie.
Ajnès , pour garder que la chaleur dasoleil ne face mal au saffran , ainsi des-pouillé , toute la saffranière sera recou-verte , comme la première fois, et avecsemblables matières, y ad-joustant d’au-tres drogueries de la saison, telles qu’onpeut commodément recouvrer, portansde l’engraissement au saffran , commecossats de fèves, de pois, des premièresescorces de nois et d’amandes , de la baiedu blé et semblables. Outre lequel amen-dement, la saffranière sera fumée chacunan , quelque peu avec du fumier bienpourri et menu, qu’on mettra par dessus,à l’entrée del’liyver, après en avoir retiréle poil du saffran. Le saffran ne se treuve Ne craintque bien d’estre trépigné et foulé aux h tripi< 'pieds, en tous temps : excepté, lors quela terre est molle : quand l’herbe s’ap-proche d’estre fauchée , et que la fleurparoist : en ce poinct est convenable del’espargner. Ne voulant l’herbe du saffranestre aucunement rongée, faict bannir dela saffranière toutes sortes de bestes, pourn’y avoir jamais entrée , spécialement lepourceau, comme le plus contraire ausaffran qu’autre animal.
Un mois demeurera la saffranière ainsicouverte : passé lequel temps, avec desrasteaux, en sera enlevé des susdictes ma-tières , le plus grossier qui ne se seravoulu consumer : pour faire place au saf-fran, qui sentant l’approche del’automne,repoulse ses fleurs , et par conséquentcommence à fructifier , son aage le per-mettant. Sur le matin et le soir, les fleurs