DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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toutes matières qu’ils estiment servir pourdéfence , les mettans dans terre pargraines meslingées par - ensemble : etainsi en composent des bayes confuses ,marians par là, toutes sortes de buissons,de ronces, de roziers sauvaiges. Autres,sans prendre la peine de semer ces grai-nes-là , les incorporent ensemble dans laterre clairement destrempée avec de l’eau,y meslans du fumier : et de telle compo-sition frottent une longue corde de jong,qu’après avoir séchée , ils plantent quatredoigts dans terre en lieu convenable, latendans roidement 5 et là laissent leverles semences , desquelles sefaict la liaye,laquelle par ageancement à la serpe etau lioiau , tasclient de la faire croistreet fortifier. Mais quelque traictementqu’ils y facent, jamais n’approclie en va-leur celle de l’aubespin, tant par n’estresi forte, ne si grande durée, que pouroccuper trop de place , ne pouvant secontenir en peu de lieu , comme l’au-bespin (170).
Le houx s’accommode aussi très-bienen baye, par avoir toutes les qualités re-quises à tel service : de force, pour con-server ce qu’il enceint, à cause de l’a-bondance des piquerons estons en sesfueilles : de longueur de vie, résistantcontre la violence des temps : et au boutde cela, estant plaisant à la veue , pourla verdeur luisante et perenne de sesfueilles. 11 aime l’aer froid, et la terrenon trop forte : vient mieux de plant en-raciné que de semence : s’entretientavec modéré labeur : se laisse gouvernerà la serpe , dont on le ployé comme l’ondésire (171).
Voici d’une autre sorte de liaye, et
iie-iaunun) 111 f* • *
par leun ti- belle et serviable, toutes-fois tenant plus
Houx.
uîrbret t’en-tre- brassant
de ceste qualité-là, que de ceste-ci. C’estpourquoi principalement l’on l’employedans les jardinages, pour la division despropriétés, comme quand il convient sé-jiarer les vignes d’avec les vergers : lessaffranières, d’avec les chenevières : lesjardins potagers , d’avec les bouquetiersou médécinaux : de dresser des allées oupourmenoirs , et autres gentillesses. Detoutes sortes d’arbres, dont le tige estlong et droict, sans tortuosité , dresse-onceste liaye, comme de meuriers blancs ,de pruniers, de guiniers , et sur tousautres de saux. Pour planter ces arbres ,un fossé comme celui de la vigne est faict,puis dans icelui deux arbres joignans en-semble sont posés distans tels assembla-ges l’un de l’autre, d’environ deux pieds,et après en avoir couvert les racines avecde la terre, les troncs sont escortés desdeux mains, les faisans pendre des cos-tés , afin de s’entre-croiser à la manièredu plomb des vitres ( en ceci vous servantde modelle ), et de mesme qu’en elles,causer en cest endroit des quarrés vuidesen rhombe ou lozange. Où les arbres
CJ
s’entre-couppent, conviendra les inciserun peu, ostant de l’escorce et un peu debois de chacun, et là les lier avec un ozierpour les faire reprendre, comme ente :ce qu’ils feront certainement, pourveuque les arbres soyent en sève ; commo-dité qu’on observera en cest endroit. Parainsi, estans comme soudées les sectionsdes arbres, iceux mariés ensemble, fe-ront un corps tout-d’une-pièce, unis parleurs troncs , seulement se séparons èsextrémités , et là rejettans selon leurnaturel, vivans en telle union, autantlonguement que séparés, moyennant rai-sonnable culture. L’on pourra enter tels