DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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comme le créateur des vergers en France , jus-qu’à Olivier de Serres , qui a le premier posé lesbases de leur culture, il ne paroit pas qu’on sesoit beaucoup attaché au perfectionnement desespèces ; mais , depuis cette dernière époque jus-qu’à nos jours , la science agricole a fait desprogrès si rapides, que le nombre de ces espècess’est prodigieusement accru.
On trouvera la nomenclature de celles qui ,aujourd’hui , sont les plus communes , dans lesnotes sur le chapitre XXVI5 mais, quelque nom-breuse qu’en soit la liste , elle est bien loind’être complète, même pour la France : d’ail-leurs , il est de ces espèces qui se perdent ouqui se modifient ; d’autres qui se produisentpar l’effet du hasard ou autrement. Aussi l’ex-cellent ouvrage de Duhamel, qui sembloit de-voir fixer nos connoissances à cet égard , com-mence-t-il déjà à vieillir , quoiqu’imprimé en1768. Nos plus savans pépiniéristes ne con-noissent plus certaines des espèces qu’il décrit,quoique figurées de manière à ne pas s’y mé-prendre j et nos moins habiles en possèdent,dans leur collection , qui sont assez caractéri-sées, pour assurer qu’elles n’ont pas été men-tionnées par lui.
J’ai beaucoup voyagé , et par-tout j’ai trouvéles vergers peuplés d’espèces inconnues dans lesenvirons de Paris , ou d’espèces portant danschaque endroit des noms différens ; chercher àfixer les caractères de ces espèces avec la pré-cision qu’a apporté Duhamel pour celles qu’il afait connoître , ou établir une concordance dansleur synonymie, seulement en France , est, àmes yeux, chose impossible en ce moment. Cen’est qu’au moyen de voyages fréquemment ré-pétés par des hommes déjà très-instruits , qu’onpourra obtenir des renseignemens de quelquecertitude à cet égard. Le mode, essayé déjà deuxou trois fois , et qu’on tente de nouveau à la pé-pinière du Luxembourg , celui de faire venir desgreffes de toutes les espèces cultivées dans lesDépartemens , ne peut produire de résultatsexacts ; car il est prouvé par l’expérience quecette transplantation des greffes dénature lefruit, soit par l’effet de la différence du cli-mat, du sol , et peut-être encore plus du sujet6ur lequel on les place.
Théâtre df Agriculture t Tome JJ.
Cette dernière considération m’amène à re-chercher quels sujets sont les plus convenablespour greffer les arbres destinés aux vergers.C’est parmi les sauvageons, c’est-à-dire les su-jets provenant des graines des arbres crus natu-rellement dans les forêts , ou parmi les francs ,ou ceux qui résultent du semis des espèces déjàperfectionnées par la culture , à quelque degréque ce soit , qu’il faut les chercher ; car lesnains, ou ceux fournis par boutures ou mar-cottes de variétés accidentelles plus foibles , 11esont point propres à servir dans ce cas.
Les sauvageons ont une surabondance de vieque ne possèdent point les francs. Ils étendentplus loin leurs rameaux, durent plus long-temps,et sont moins délicats sur le choix du terrein ;mais ils donnent du fruit beaucoup plus tard, etce fruit est de qualité inférieure : il s’agit dechoisir , d’après ces données. Nos ayeux préfé-roient, comme je l’ai déjà observé plus haut, lessauvageons , parce qu’ils pensoient toujours àleurs enfans lorsqu’ils faisoient une plantationquelconque , et qu’ils étoient peu délicats sur laperfection des fruits ; nous choisissons commu-nément les francs , parce que nous sommes plusaccoutumés aux boni.es espèces. Il me sembleque la raison indique ici le terme moyen commele meilleur. En effet, quelques espèces de poirespeuvent être greffées plus avantageusement sursauvageons, d’autres sur francs, d’autres surcoignassiers , et certaines espèces de pommes nedoivent pas également être indifféremment pla-cées sur sauvageons ou sur francs. Quant auxautres arbres , tels que les coignassiers , les ce-risiers , les pruniers , les amandiers , les abrico-tiers , les pêchers, les noyers , les châtaigniers ,les néfliers et le cormier , ils ne présentent pasde différences aussi marquées lorsqu’on les greffesur un sujet plutôt que sur un autre ; mais ce-pendant on ne peut se dispenser d’y faire atten-tion , lorsqu’on désire avoir des arbres qui rem-plissent toutes les conditions requises, ne fût-ceque sous la considération de l’époque de la ma-turité des fruits , époque qui varie de plusieursmois , selon la préférence qu’on a donné à l’unet à l’autre sujet.
Les conseils d 'Olivier de Serres sur la dis-tance à laquelle il convient de planter les arbres