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SIX1ESME LIEU
dans les vergers sont basés sur la saine phy-sique. Dans les bons sols on gagne toujours àles espacer beaucoup. Mais je ne puis être, sansmodification , de son avis, lorsqu’il ajoute qu’ilfaut placer les mêmes espèces les unes à côté desautres ; car ces espèces soutirant les mêmes pro-duits de la terre et de l’air , elles se nuisent né-cessairement. Je préférerois les alterner , avecl’attention, cependant, de ne pas mettre unebasse tige près d’une haute tige. Au reste,quand les arbres sont convenablement éloignés ,les inconvéniens de la pratique que je combatssont peu sensibles , et on ne doit pas leur sacri-fier les agrémens du coup-d’œil, ou toute autreconsidération. Je n’en dirois pas de même si unde ces arbres , déjà âgé , venoit à mourir ; car ,dans ce cas , il faudroit le remplacer par unautre d’un genre différent, les assolemens de-vant être sévèrement pratiqués dans les planta-tions des arbres , ainsi que je l’ai déjà prouvéautre part.
Il est généralement d’usage de planter lesvergers sans en défoncer le terrein ; cependanton ne devroit jamais y manquer , même dans lesmeilleurs. L’augmentation dans la dépense de-vient beaucoup plus considérable , il est vrai,mais on en est amplement dédommagé par lasuite. La largeur des trous produit le même effetles premières années , mais elle n’a aucune in-fluence sur l’amélioration générale du sol; et,lorsque les racines sont parvenues à leurs parois,elles ont toujours, quoique fortifiées par une oudeux années de croissance, plus de peine à péné-trer plus loin que si tout le terrein, ou du moinssa couche supérieure, avoitété remué. Au reste,les préceptes d’ Olivier de Serres sont excellens ,et fondés sur l’expérience de tous les siècles.
Les cultivateurs sont partagés d’opinion surl’époque la plus avantageuse pour planter lesvergers. Les uns veulent qu’on le fasse avantl’hiver , les autres au printemps. Il semble quece qu’à dit Olivier de Serres devroit les mettred’accord ; car on ne peut mettre plus de raisonsen moins de mots.
Une cause très-commune de la non réussitedes arbres , c’est le dessèchement de leurs ra-cines dans l’intervalle de leur arrachis à leurtransplantation. On ne sauroit donc trop re-
commander de prendre des précautions contrecet inconvénient. Il ne faut , dans certainesconstitutions de l’atmosphère, que peu d’instansd’exposition au vent pour les frapper de mort,ainsi que j’en ai vu fréquemment des exemples.Les tremper dans l’eau , pour remettre leur sèveen activité , ne suffit pas toujours. Aux précau-tions indiquées pour prévenir le mal, j’ajou-terai celle de couvrir leurs racines d’un torchiscomposé de deux parties de bouse de vache, etd’une partie de terre franche délayées dans unesuffisante quantité d’eau , torchis dans lequel onles trempe à diverses reprises, jusqu’à ce qu’il,y ait dessus une croûte de deux millimètres (uneligne) d’épaisseur. Dans cet état, les arbres peu-vent être transportés au loin , et attendre, desmois entiers, le moment d’être mis en terre.
Comme je l’ai dit plus haut, il doit toujoursy avoir une proportion entre la force vitale desracines, et la masse du tronc et des branches del’arbre qu’elles doivent nourrir. Ainsi , lors-qu’on transplante un arbre, il y a tout lieu decroire , qu’à moins de circonstances favorablesou de soins multipliés , la sève ne pourra pasêtre assez abondamment fournie à ses branches ,pour compenser la perte qu’elles éprouvent parl’évaporation. En effet, on voit que , dans la plu-part , ces branches languissent et se dessèchentensuite , ou même se dessèchent d’abord. C’estpour prévenir les efforts inutiles de la Nature ,dans ce cas , encore plus que pour ôter prise auxvents qui ne permettroient pas aux racines de sefixer, qu’on est généralement dans l’usage decouper la totalité ou la majeure partie des bran-ches aux arbres que l’on transplante. Le prin-cipe est donc bon , mais on en outre souventtrop les applications , ainsi que peuvent le voirceux qui suivent les opérations agricoles. Jevoudrois donc , qu’au lieu d’adopter une marcheuniforme , on distinguât les circonstances diver-ses. Par exemple , un arbre élevé dans une pépi-nière en bon fonds, et transplanté dans un vergerdont le sol est médiocre , doit nécessairementplus souffrir de la transplantation qu’un dumême âge pris dans un mauvais terrein , il de-vra donc être coupé plus court. Un arbre de sixans perdant toujours plus de racines dans l’o-pération de l’arrachage, étayant cependant plus