DU THEATRE D’AGRICULTURE.
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Cogign oissa/icedeb bonne eau.
Si dès le commencement de cest ou-vrage, n’avés peu faire la preuve de lasuffisance de l’eau de vostre fontaine ,pour prendre avis de la retenir ou re-jetter : à tout le moins , ayant recueilli*, vos eaux en un lieu , ne vous enfoncésplus avant en despence , sans vous ré-soudre sur ce notable article , pour lebien ou le mal qui en peut avenir, estantS'inmarqu'i. bien ou mal entendu. L’eau sera telleque la désirons , si elle est belle à voir ,claire et nette, sans couleur, sans odeur,sans saveur : attirant à elle soudainementtoutes couleurs , toutes odeurs, et toutessaveurs qu’on lui jette dedans. Si elle estfresche en esté , chaude en hyver : si elles’eschauffe facilement et se rafreschit demesme : si elle cuit bien tost , toutessortes de légumes : si elle ne laisse au-cune tache , 11e rouille , ne gravois auIons des vaisseaux , ausquels elle sé-journe : si elle est légère : si elle est douceet non rude aux mains : si elle n’estaintbeaucoup la force du vin. Estant vostreeau ainsi qualifiée, serés très-bien ab-bruvé : et le plaisir et profit qui en pro-viendra à vostre mesnage, paroistra tel,qu’on se le promet des choses les plusutiles et nécessaires.
Ainsi de nouveau treuvée la source devostre fontaine , ou celle qu’aviés au-paravant augmentée , en dresserés lamère pour recevoir toutes vos eaux , etaprès le vuider selon vostre désir. Lamère sera une maisonnette bastie debonne matière , bien maçonnée à jiierre’,chaux et sable , ayant la muraille fortespesse pour retenir l’eau. Ce bastimentse fera de figure quarrée , ou autre, tellequ’on voudra, propre au lieu , de dix àdouze pieds dans oeuvre en chacune face ,
Laa mire du1 a J* fontaine.
estant quarré, et d’autre figure, à l’é-quipolent : de six à sept pieds de hauteursur terre, et dedans icelle autant qu’ilsuffira , pour au besoin en vuider l’eaupar le fous. Elle sera voustée par le des-sus , et pour couverture en la voustebas-tira-on des pierres plattes si proprement,que les pluies en soyent repoussées. Enla face du costé de la montée , ou venuedes eaux , laissera-on des trous pourl’entrée des eaux des sources venantes dela campaigne, estant le demeurant si bien
cimenté
, qu eau aucune ne s en puisse
escouler que par les issues que lui don-nerés. En l’une des autres faces , serafaicte la porte pour entrer et sortir dansla mère , afin de la visiter et nettoyer.Deux issues y aura-il aussi, l’une pourverser l’eau dedans les tuiaux , qui des-partans de là, la conduisent ès lieux des-tinés , l’autre pour vuider l’eau sur-abon-dante , venante extraordinairement parles pluies, la rejettant en hors, que lestuiaux^ne peuvent contenir, ou que parquelque dcstrac , ne pourront faire leurcharge. Au fons de la mère laissera-onun trou rond , comme celui d’une cuve àvin ; pour en escouler l’eau, lorsqu’ilescherra de la nettoyer, et de la rac-coustrer , qui pourra estre de deux en
deux ans , une fois , plus rarement ouplus fréquemment, si on veut : en ladeschargeant du limon que l’eau, pourbonne qu’elle soit, traisne à la longue ,le laissant au fons de la mère , et tout-d’une-main , la reblanchissant en son in-térieur , s’il en est besoin. Demeurantle reste du temps le trou bouché : afinqu’en contraignant l’eau de verser par lehaut, en s’enflant, se jette dans les tuiauxpréparés pour son chemin. Ce trou se
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