DU THEATRE D’ AGRICULTURE.
De bois.
que vain, attendu que la céruze ne se faictsans vinaigre , avec la cherté du plomb,et le danger d’estre desrobé, fera le ré-server à choses plus nécessaires.
Touchant le bois, de plusieurs sortesy a-il, bon à faire tuiaux de fontaine,d’aune , de pin , de sapin , de chesne.Le bois est choisi sain et entier du cueurde l’arbre , sans aucun aubour : est es-quarri, et cié par tronçons de la longueurde cinq à six pieds chacun ; puis sont lestronçons persés de leur long, pour lepassage de l’eau. Premièrement on ypasse un long taraire, et après, avec unegouge le trou est aggrandi jusqu’à deuxou trois poulces de diamètre 3 mesuresuffisante pour toute fontaine, ayant rai-sonnable quantité d’eau. Le moyen demarier ensemble ces tuiaux-ci, n’est pasen les faisans entrer l’un dans l’autre ,ains seulement en s’entre-baisans et joi-gnans des commissures 5 et là assemblésavec un anneau de fer , de deux doigtsde large, plat, et trencheant des deuxcostés , qu’on fourre dans le bois. Sur lemilieu de l’espesseur des tuiaux est prinsle rond de la circonférence des anneaux :et là mesme, avec une gouge de sem-blable mesure, on incise la voie de l’an-neau , lequel y estans mis, est achevéd’enfoncer à coups de masse , frapant del’autre bout du tuiau , et si bien, que seperdant l’anneau dans l’espesseur dubois, se treuve caché moitié dans untuiau, et autant dans l’autre, sans rienparoistre, les deux bouts des tuiaux s’en-tre-baisans et s’entre-joignans parfaicte-ment (6). Ainsi tenant le fer, lieu de•ciment, les tuiaux retiennent très-bienl’eau : lesquels posés dans terre, au lieupréparé pour le chemin de la fontaine, se
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rendent de bon service , où ils durentassés longuement. Non toutes-fois tant,que, ne la pierre, ne le plomb , nemesme que la terre de potier, par le ju-gement qu’on en faict ès masures de l’an-tiquité : car de toutes telles matières, setreuvent des reliques des tuiaux de fon-taine , encores entiers : mais aucun nes’en void de bois, par à la longue, avoirpéri de pouiTiture : comme il est vrai-semblable , les Antiques s’estre servis ,en cest endroit du bois, ayans les grandesforests entières à leur commandement.Outre le péi'il de courte durée , ce mal setreuve aux tuiaux de bois , que l’eau nes’y conserve tant freschement en esté ,qu’ès autres : au contraire ce bien, qu’ilsne craignent les glaces de l’hy ver, résis-tans contre leur impétuosité : ce que nefont les tuiaux de terre , s’ils ne sont lo-gés en la manière ci-après enseignée.Quant au prix des tuiaux de bois , j’es-time qu’à autre que grand ne les peut-onfaire, si on est esloigné de forest bienpourveue, pour le grand nombre d’arbresqu’il convient employer à la fabriqued’une nouvelle fontaine, et à l’entrete-nement d’une vieille , dont le degastn’est petit, d’autant que d’autres bois nes’y sert-on , que gros, pour le moins,d’un bon pied de quarreure. Le fer qu’ony met est aussi considérable , tant pourl’achapt que pour la rouille qui le con-sume dans l’eau, dont en la fontaine ya tous - jours quelque chose à réparer.Toutes lesquelles choses pesées, et joinc-tes à ce que j’ai remarqué des tuiaux depierre et de plomb, fera préposer ceux deterre de potier, à toutes autres, commematière où se treuvent toutes bonnes qua-lités de service, de durée, et de prix.