DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE. 66 9
façons de distiller , comme par chaleur,par froideur, par sablon , par limeure defer, par feutre, par fumiers, dont usentles maistres en l’art, et à cela , se serventde diverses façons d’alambics , compo-sés de diverses matières : Mon intentionn’est pourtant de les représenter toutesà nostre mère - de - famille , ains seule-ment la manière que j’estime estre la pluspropre pour elle, dont se pourra facilc-Par quel ment servir avec contentement. Ce sera’quch"uiam- par clialcur , qu’elle fera ses distillations,li “- avec feu de bois ou de charbon, selon lessujets : et touchant aux alambics , se ser-vira des seuls de verre, et de terre vitrée,rejectant les autres faicts d’estain, deplomb , d’érain, de fer, si elle désire avoirdes eaux des mieux qualifiées : car c’estle propre de tous métaux (l’or et l’argentexceptés ) de donner quelque sinistreodeur aux eaux qui leur adhèrent, jus-ques à les infecter de leurs mauvaisesqualités. Mais par le contraire, passanspar le verre ou terre vitrée , sur tout parle verre , elles en sortent: sans deschet desenteur, belles et claires : principale-ment quand le feu correspond au verre:car alors on ne trouve rien à redire àtelles eaux (74)- Estant le feu de difficileconduicte, par trop de violence ou tropde lascheté , ou bien accompaigné d’im-jjorlune fumée, estant feu de fia mine,un moyen a esté trouvé par des excellentsmédecins de nostre siècle, pour beson-gner seureinent en cest endroit, cpii estde faire chauffer l’alambicpar l’eaubouil-lanle , et icelle eau par le feu , appliquantun chauderon rempli d’eau sur le feu, etdans icelle , l’alambic, avec les matièresqu’011 distille : lesquelles ne sentans nul-lement la violence du feu, par le moyen
de l’eau bouillante , rendent les eauxdistillées, en perfection de bonté. Tellefaçon de distiller, est appellée , bain-de-marie, de laquelle les entendus enl’art sc servent le jdus pour faire leursprécieuses eaux.
La mère - de - famille fera dresser unbain-de-maric pour distiller ses fleurs,herbes, et autres choses les plus exquises,dont elle tirera des eaux excellentes. Etpour les plus communes , d’autres alam-bics chauffés au fende flamme, et de char-bon , diversement comme elle voudra,afin d’en estre bien pourveue , en ayant àchoisir. Pour quels que soient les alam- Dct four~bics, convient en faire les fourneaux neauj "presques tous de mesme façon , c’est as-savoir , en rond , avec de la terre grasseet des carreaux de terre de potier, detelle matière les bastissant, comme vou-lant fonder une petite tour. Si c’est pourle bain-de-marie, la rondeur du fourneausera prinse à la mesure du chauderon,ou marmite, qui est un vaisseau d’érainassés prof ond, contenant l’eau bouillante,qui sera basti au bord du fourneau, à lamanière de ceux des taincturiers ; nions-trant le cul en bas , pour y estre eschaufféavec du feu de bois ou de charbon, commel’on voudra. Et afin que le feu aille bontrain, le fourneau sera tenu assés haut,et de telle mesure , que despuis le cul duchauderon jusques au pavé, y aye dis-tance suffisante pour y plaquer entredeux, un gril de fer, comme plancher,soustenant le bois ou le charbon , cpi’ony mettra par une porte longue et es-troicte attaignant au pavé, et là brus-lans, leurs cendres s’avalans en bas ,n’empescheront nullement le feu , quisera aussi solicité par trois ou quatre pe-