DU THEATRE D’AGRICULTURE.
Goutte.
remède maturatif, qui serafaict par l’avisdes experts médecins et chirurgiens ,comme ils le verront convenable, mesmeperseront l’apostume avant qu’il soit fortnieur , jniis procéderont par mundifica-tifs et incarnatifs, à la manière des autresapostumes. Et avenant que par la cala-mité de la saison, l’on ne puisse finer desgens et drogues de secours, requises àtel défaut, pour faire meurir l’apostumela mère-de-famille se conduira en cestesorte, se servant des matières qu’elles ti-rera de son jardin et de sa basse-court :prendra mauves , racine de guimauves ,oignons de lis ; le tout sera bien lavé,puis broyé dans un mortier avec semencede lin et fenugrec , ajnès incorporé avecsain de pourceau, en sera faict emplastre,qu’on appliquera sur le mal ; lequel em-plastre suffira de renouveller une fois lejour , et sans attendre l’entière maturitéde l’apostume elle sera persée commedessus. Si après il y a grande douleur,tiendrés dans la plaie , durant vingt-quatre heures , une tente trempée dansun moyeu d’oeuf fort battu 5 y ad-joustantde l’huile rozat, ou delà graisse de poule,cas estant que la douleur continue. Pourmundifier, faictes emplastre d’un moyeud’oeuf, meslé avec farine d’orge, et peude miel rozat. Pour consolider la plaie, ap-pliqués dessus fueilles d’esclaire broyées:ou avec cire, et jus d’esclaire faictes on-guent , duquel elle sera oincte , commel’on faict ès autres apostumes.
Touchant la goutte, le commun dictqu’à la goutte le médecin ne voidgoutte, fondé sur la difficile guérison detel mal, d’aucuns tenu incurable. Toutes-fois au soulagement de nostre infirmité ,Dieu a manifesté quelques remèdes pour
Théâtre d’Agriculture, Tome II.
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telle longue et fascheuse maladie, dontles suivons ont esté heureusement em-ployés par plusieurs : prenés deux livrescire neufve , autant de beurre frès ;faictes-les bouillir ensemble , bouillons,les verserés sur du bon vin clairet, où cesmatières se gèleront; d’où retirées, enferés une masse, laquelle, chaude, seraappliquée sur la partie dolente. Autre :prenés une chopine d’huile de chanvre,et quatre fois autant de bon vin blanc ,deux poignées d’herbe de pas-de-lion ;tout cela sera bouilli ensemble jusques àla consomption de la moitié, dont la dé-coction sera employée fort chaude , àfrotter les lieux douloureux. Le mesmeest faict de l’onction de l’huile d’aspic,et du jus de guimauves, par esgale por-tion : de l’huile d’olive , dans lequel au-ront bouilli des grenouilles jusqu’à la sé-paration des os d’avec la chair: des huilesde canelle, de cire, et de sel, rneslésensemble par esgale portion. Contre lagoutte est aussi fort bonne ceste compo-sition: prenés, sauge sauvaige, scabieuse,consoulde petite, hieble , racines et fueil-les 5 le tout bouillira longuement ensembleen vin, et après en avoir coulé la décoc-tion par un linge, ad-jousterés dansicelle,de la graisse de pied de beuf, de l’huiled’aspic, et de l’eau de vie. Mais par sustout autre remède , l’emplastre suivantest souverain pour la guérison de toutesgouttes, sciatique et autres , auctorisépar réitérées expériences, qui en ont faictcurieusement recercher la recepte. Il estappeilé en latin, emplaslrum de ranis ,c’est à dire, de grenouilles, parce quele corps d’icelui est de grenouilles. Prenéssix grenouilles vivantes, grosses etgrasses,huiles de camomille, d’aneth, de spica-
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