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Tome II. IIe. Partie.
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HUICTIESME LIEU

v

réciter, pour le vivre, vesture, port,et plaisir de l'homme , dont Dieu arempli la teri'e. Là dessus dict le sieurde Pibrac ,

Bref, en l’homme des champs, on ne sçauroit choisir,Un jour, heure ou moment, sans honncste plaisir.

Entre lesquelles plaisantes commodi-tés , ceste - ci est remarquable , qu’èschamps, vous n’y voyés que de vos amis,vos ennemis ne vous allans jamais visiter.Et si bien vous n’y estes pas beaucoupaccompaigné de vos semblables, vous yesprouvés véritable ce commun dii - e,quil vaut mieux estre seul, que malaccompaigné j se pratiquant tous lesjours ès villes , combien fascheuse y estla foule du peuple , parmi lequel sontcontraints de vivre ceux qui y habitent,estans souvent forcés de faire bonne mineà tels dont ils ne sont guières aimés :au lieu de la saincte liberté, en laquellevit^nosti’c noble mesnager. Pour de la-quelle jouir, Cicéron avoit ses bellesmaisons de Cuman, Formian, Tusculan,où il se pleust tant, xnesme en ceste-ci,qu’il y coxnposa ses Questions Tuscu-lanes, ainsi dictes de ce beau lieu : Plinele jeune , son Laurentin, d’où escrivantàFondanus, lui récite les grandes délicesdont il jouissoit aux champs ; entr’autreil recognoissoit n’y avoir faict, dict, niouï, chose qui lui eust despieu, n’ayanteu peixr d’estre accusé ou calomnié, quede soi-xnesme, vivant en tel lieu sanspassion, sans crainte, sans vaine espé-l'ance, et sans avoir la teste travailléedu bruit commun, et nouvelles de ville :Caton le censeur, son Sabinus , qu’ilappelloit, père de sa vie, soustenant quela vie clxampestre estoit la chose dumonde la plus honorable que l’homme

eust peu choisir. Séneque estoit de telleopinion, n’estimant aucune volupté pa-reille à celle de sa maison des champs,après avoir treuvé moyen d’y faire des-cendre par canaux , des eaux vives pourarrouser ses jardins et prairies. Dioclé-tian remit le sceptre ès mains de la Répu-blique , désirant d’estre à soi, se relira enson pays de Saldine, fort content, usantdes champs et jardinages ; puis impor-tuné par lettres et ambassades de re-prendi-e la charge de l’Empire , n’y vou-lut onques entendre. Ces bons pèresdires tiens , Sainet- Augustin , Sainet-Hiérosme, Sainct-Basile , ont aussi re-cogneu la vie rustique , estre la moinsimportune , pour d’icelle pénétrer pluscommodément à la céleste, que par autreplus enveloppée. Barthole escrivit sesdoctes commentaires sur le droict, enun lieu distant de Boulongne environ de-mie lieue , basti au sommet d’une plai-sante montaignète. Pétrarque, à Vau-cluse, près d’Avignon , ses poésies ita-liennes , contenons entr’autres belleschoses , la louange de la vie solitaire.Ç’a esté de tout temps l’humeur de lanoblesse françoise , que d’habiter auxchamps , n’allans aux villes que pourfaire service au roi, et pourveoir à leursaffaires pi'essées, ayons en tant de recom-mendation la liberté, qu’il n’y a gentil-homme qui ne se conforme à l’avis deCésar, qui estoit, d’aimer mieux estre lepremier aix village, que le second à Rome .De tous lesquels contentemens et jxlai-sirs jouira nostre père-de-famille , s’ilmesnage si bien, qu’aucune chose ne dé-faille à sa maison, et que de toutes, ilen ait de reste au bout de l’année : à quoiil parviendra, par la faveur du ciel, s’il