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Tome II. IIe. Partie.
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DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.

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manie sa terre et ses affaires sous les ad-dresses susdictes. Et le préservera , telledextre jiréveoyance, du chagrin, qui com-munément accompaigne ceux dont les af-faires vont mal 5 le faisant vivre joyeuse-ment dans sa maison , avec sa femme,en l’amitié et concorde ordonnée de Dieu ,qui les ayant unis en une chair, nedoivent avoir qu’une volonté , pour lebien de leurs affaires : d’où sortira l’ef—fect de cest ancien dire, que par con-corde , les petites choses se font gran-des : et ne tumberont au mal que lecontraire produit , qui est , que pardiscorde , les grandes s’appétissent.Or, puis que selon le proverbe, nousn’avons autre mal, que celui que vou-lons avoir : tascherons de nous mettre ànostre aise , surpassant les difficultés quis’opposent à nostre repos 5 dont le moyenn’est petit, que celui qui sort du bon mes-nage. Et comme l’homme qui combatpour la vertu, et veut vivre sans re-proche, abhorre les vices , ce lui est unegrande aide, que d’estre logé en cam-pagne , desveloppé d’empeschemens , enlieu qui le puisse commodément nourrir :ce qu’un de médiocre estendue , et demoyenne faculté, fera, sous la conduicted’un bon mesnager, puis que, selon leproverbe, les choses ne valent, que cequ’on les faict valoir. Lequel treuveraen son agriculture, le port de repos,comme estât le plus asseuré, et moinsenvié , considérant les délices et reposd’esprit, parmi le travail et le soin de laconduicte de son mesnage , dont l’ai-greur sera vaincue par la douceur. Etque tout ainsi que les grandes et su-perbes villes et cités , servent de théâtreet de spectacle à nos misères et calami-

tés , ainsi les champs solitaires , couvrentnos imperfections et infirmités , touteschoses honnestes y estans receues , quoi-que de peu de lustre. Telle franche li-berté dispense nos nobles mesnagers,hommes et femmes, d’user de tant depompe en habits, de suite de serviteurs,de carosses , haquenées, et autres mon-tures , dont leurs semblables usent èsgrosses villes, avec grands respects. Ainsau contraire , comment qu’ils soyent ves-tus, suivis, et montés, c’est tous-jourshonorablement : s’allans pourmener parleurs possessions et villages , seuls ouaccompaignés, comme bon leur semble ,sans aucun deschet de leurs autorités ;voire, et en tel équipage, recevoir lesgrands seigneurs, quand ils leur font tantd’honneur de les visiter. Lesquelles dif-férences , nostre mesnager recognoist àl’œil, lors que, contraint d’aller pour-suivre un procès en un Parlement, ouautre affaire d’importance , ailleurs , èsgrosses villes , change , pour quelquetemps, sa façon de vivre, libre , en uneservile ; son repos, en travail : et ad-joustant à telles poursuites , l’excessivedespence, faict qu’à son retour chés lui,y apporte la vraie cognoissance de sonbonheur, au-paravant contemplé seule-ment en idée : dont il a matière, avec leclirestien et docte poète , de faire cesteprière à Dieu , l’appropriant à son usage,

Puissé-je ô Tout-Puissant, incogneu des grands rois ,Mes solitaires ans achever par les bois :

Mon estang soit ma mer, mon bosquet mon Ardene,La Gimone , mon Nil, le Sarapin , ma Seine ,

Mes chantres et mes luths , les mignards oiselets >

Mon cherBartas, mon Louvre, et ma cour, mes valets.

où il requiert à Dieu de chanter seslouanges le reste de sa vie (104).