DU THEATRE D’AGRICULTURE.
79 1
m’emporteroient bien loin du cadre où doit serenfermer ma note.
Dans ce huitième Lieu du Théâtre d’Agri-culture , il s’agit des boissons qui peuvent êtrepréparées par une simple ménagère , et qu’onaime à boire au dessert. Ce n’est pas la classeopulente qui les désire seule ; le peuple les re-cherche. S’il y a un moyen de préserver le peupled’un goût contagieux , c’est en mettant à sa por-tée des boissons saines et locales.
Elles sont nécessaires même dans les meil-leurs vignobles. Lesvigneronsdu Clos-Vougeot,de Soterne , ou d’Aï, ne boivent pas le vin ducru ; comme les ouvriers de Louviers ou d’El-beuf ne peuvent pas être vêtus du drap superbequ’ils fabriquent; il leur suffit d’être couvertsd’une étoffe commune. Ainsi nos vignerons descrus les plus fameux seroient conlens d’avoir àleur discrétion des liqueurs très - inférieures.Grâce à l’abondance des fruits , tous les culti-vateurs françois peuvent être désaltérés d’unemanière tolérable. C’est un point que j’aiine àtraiter.
Ici je trouve avec plaisir dans le chemin que jeme trace , les travaux de ces Compagnies qu’ons’est lulté de supprimer , et qui ont eu depuistant de peine à renaître, sans direction, sansensemble , et principalement sans fonds et sanssecours publics ; je veux parler des respectablesSociétés agronomiques, qui ne sont les dernièresSociétés savantes que dans l’ordre des temps.
Dans une séance publique de la Société royaled’agriculture de Lyon , terme le 5 Janvier 1787,on donna l’extrait d’un Mémoire sur les bois-sons vineuses, à la portée de la classe la pluspauvre, par M. JVillermoz, médecin.
Ce mémoire , plein de vues utiles , est com-posé de deux parties. Dans la première , l’auteurexpose les motifs que l’on a pour rechercher desboissons vineuses à la portée du peuple. Il s’é-tale de l’autorité du savant médecin Maret, se-crétaire perpétuel de l’Académie de Dijon, qui,dans son Mémoire, couronné, sur les ancienneset les nouvelles maladies des François, soutientla vérité de cet adage populaire : ce Si nous ne» valons pas nos pères, c’est que nous ne bu-» vons pas comme eux ».
Dans la seconde partie, M. J'Villermoz donne
des vues générales sur la fabrication des bois-sons vineuses ; mais il se borne , en effet, à desvues, et ne présente point les procédés dont ilfait sentir le besoin et même l’importance. Ildéveloppe seulement, avec beaucoup de force,un système cjui se réduit à ce calcul bien simple :cc Ce n’est qu’en perfectionnant et en inulti-» pliant les liqueurs du pays , que nous pouvons» nous garantir des frais que nous imposent les» liqueurs étrangères». A quoi j’ajouterai quesi les riches peuvent se procurer à volonté desvins et des liqueurs de toutes les parties du globe,même les plus lointaines , il est digne des phi-lanthropes de songer aux moyens de désinté-resser le pauvre sur les jouissances des riches,en trouvant, dans le pays même, l’art d’abreu-ver, à peu de frais, les hommes qui travaillentet qui portent le poids du jour.
L’Académie impériale de Bruxelles avoit pro-posé , pour sujet d’un prix solemnel, en iy 83 ,cette question importante : cc Quels sont les vé-» gétaux indigènes que l’on pourroit substituer ,» dans les 1 ’ays-Bas , aux végétaux exotiques ,» relativement aux différens usages de la vie? »Le prix fut remporté par François-Xavier Bur-tin , médecin de ce bon prince Charles de Lor-raine. Son mémoire, imprimé àBruxelles (1784,in-4°. , 187 pages) , a pour épigraphe ces motsdignes de l’attention de tous les hommes , maissur-tout des agriculteurs :
Peregrina quid cequora tentas ?
Quod quairis, tua terra dabit.
Ovid.
Pourquoi veux-tu des mers affronter la furie ?
Ab ! sans chercher si loin ,
Regarde autour de toi : le sol de ta patriePréviendra ton besoin.
Burtin est frappé de cette vérité , que la dé-couverte des deux Indes nous a familiarisésavec des produits étrangers , et nous a trop faitoublier les produits indigènes.
Il établit d’abord cju’il s’offre deux manièresde nous exempter du tribut que nous payonsaux Nations étrangères pour leurs végétaux,dont nous nous sommes faits un besoin. La pre-mière est de nous approprier leurs trésors, enles acclimatant dans notre sol, quand la chose