HUICTIESME LIEU
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C’est en Brumaire ( Octobre ) qu’on plantel’épine - vinette , et c’est un souvenir que lescultivateurs doivent mettre sur les tablettes quileur rappellent, tous les mois , la chaîne (1e leurssoins et la suite de leurs travaux.
III 0 . Du Genièvre.
Le genévrier ( juniperus communis ) est undes arbrisseaux sauvages dont toutes les partiessont peut-être les plus utiles. Burtin observeque ses baies , stomachiques , diurétiques , etc.,substituées depuis long-temps à Vamomum race -mosuni ou ainome en grappes , ainsi qu’au carpo-balsamum ou baumier de la Mecque , sont d’ungrand usage en Belgique pour distiller une li-queur qui porte le nom de ces baies , genever,et qui , chez le peuple , dans tous les Pays-Bas ,remplace le brandevin de France et le genièvrede Hollande. Quoique j’en aie déjà parlé à l’ar-ticle des eaux-de-vie de grains ( tome I , troi-sième Lieu , chapitre XV, note (1 13 ) , page 490et suivantes) , je dois y ajouter un mot, d’aprèsce que Burtin en disoit à Bruxelles en 1773.
Selon lui , cette liqueur méritait de toute fa-çon l’attention du Gouvernement, tant commeobjet de consommation , par rapport à l’usagejournalier d’une boisson dont l’excès est si nui-sible , que comme objet d’exportation qui pou-voit devenir de grande conséquence , si l’onparvenoit à obtenir , en faveur des genièvre-ries belges , la préférence des contrebandiersanglois, que la guéri e d’Amérique avoit con-duits si heureusement, selon lui , vers le portd’Ostende .
Il faut observer que Burtin renvoie ici à l’ar-ticle de l’yèble ou du petit sureau ( sambucusebulus ) , qu’il propose plus loin pour remplacerle vin muscat et le genièvre de Hollande. Il ditque les fleurs de sureau communiquent aux vinsle bouquet du muscat, quand on fait fondre,dans ces vins , du sucre qui a sçjourné quelque-ternps dans les fleurs ; mais la qualité plus utile,suivant Burtin , des fleurs d’yèble , c’est qu’ellescorrigent complètement le goût einpyreuma-tique du genièvre des Pays-Bas. Ce goût de feuavoit rendu long-temps cette eau-de-vie infé-rieure à celle de Hollande ; mais on a réussi àl’en dépouiller par la méthode suivante. Après
la première distillation, on ajoute à la liqueurune quantité suffisante de chaux vive , qu’onlaisse déposer ; puis on colore la liqueur dé-cantée , après y avoir ajouté ce qu’il faut defleurs d’yèble.
Dans l’excellente Statistique du départementdu Nord , parM. Dieudonné, préfet, on trouvedes détails étendus et précis sur l’eau-de-vie degenièvre , sur les grains que l’on y emploie,sur le parti qu’on tire des marcs pour engrais-ser les bestiaux , sur l’abus que l’on fait de cetteliqueur , et sur les argumens pour et contresa fabrication. Quiconque voudra s’instruire àfond sur cet article , et sur tous ceux que com-porte le plan de cette statistique , ne sauroitmieux faire que de consulter l’ouvrage deM. Dieudonné. (A Douai , an XII — 1804 ,3 vol. in-8°. )
Nous 11e pouvons pas prendre un intérêt bienvif à la perfection des eaux-de-vie de genièvre ;les eaux-de-vie de vin seront toujours supé-rieures. Il suffit qu’elles puissent circuler sansdes frais trop considérables , ainsi que nos bonsvins de France , par l’établissement d’un bonsystème de canaux. Ces liqueurs doivent pren-dre, par-tout où elles pourront pénétrer sansde trop grands frais de transports , la place desbières et des eaux-de-vie , soit de grains, soitd’autres substances.
L’économie rurale peut donner plus d’atten-tion à la liqueur nommée genèvrette, ou vinde genièvre. On a dit qu’on pouvoit la regardertout - à - la - fois, comme le vin des pauvres etle médicament des riches. Sa composition estextrêmement simple, telle qu’elle est décritedans nos livres d’agriculture.
On prend huit décalitres (six boisseaux) degraines de genièvre concassées , et trois ouquatre poignées d’absinthe ; on laisse infuseret fermenter le tout, pendant un mois, dansquatre-vingt-quinze litres (cent pintes) d’eau :on tire à clair. Ce vin n’est agréable qu’autantqu’il est vieux ; mais on lui attribue d’assezgrandes vertus pour fortifier l’estomac, débar-rasser,les reins , contre les diarrhées , les coli-ques venteuses , et autres. Comme il revient àtrès - bon compte, on estimoit qu’il seroit bond’en faire boire aux animaux.