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Tome II. IIe. Partie.
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DU THEATRE D’AGRICULTURE.

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Au surplus , on n’ignore pas que les vins etles bières peuvent être rendus médicinaux , pardes infusions de plantes qui ont des vertus re-connues. Boërhaave indique lui-même , commeune recette assurée contre le scorbut, l’infusiondans un tonneau de bière, de quelques tètes dechoux rouges (brassica oleracea capitata rubra) 1coupées en morceaux ; de douze poignées decresson de fontaine (sisymbrium nasturtium ) ,ou de cochléaria (cochlearia officinalis') , et d’undemi-kilogramme (une livre) de raifort ( cochlea-ria Armoracia ), récemment récolté. On tire tou-jours de ce tonneau pour sa boisson ordinaire.

Haller dit aussi que la bière qui a fermentéavec la graine de carotte (daucus carotta ) con-vient aux néphrétiques. L’utilité de la carotteest au moins aussi grande en médecine qu’encuisine. Le cataplasme de sa pulpe et sa décoc-rtion ont été reconnues efficaces dans les cancers,dans les dartres , dans les écrouelles naissantes ,les abcès , les dépôts , les panaris , les ophthal-rnies. M. Bridault, médecin à la Rochelle , apublié un gros volume sur les effets de cetteplante dans plusieurs maladies externes et in-ternes. On peut joindre son témoignage à tousceux que j’ai rassemblés dans le premier volumed u Répertoire d’Agriculture ( Paris , an XIII —i8o4) in-12.), sur la culture en grand de lacarotte et du panais.

J’ai vu donner avec succès à Saint-Domingue ,contre les fièvres , qui sont, dant un climat sichaud , endémiques et continues , un vin deBordeaux préparé dans les vignobles de la mai-son Gradis , et qui avoit fermenté avec du quin-quina. J’en ai usé moi-mèine dans une lièvre dedix-huit mois, qui n’a pourtant cédé qu’à l’u-sage du remède du café, mêlé au jus de citron,indiqué par Rozier dans le Cours d’Agriculture ,tome IV, page 6 o 5 , à la fin de l’article Fièvre .

L’illustre Duhamel a parlé de la genèvrette :il dit qu’elle seroit meilleure si l’on y ajoutoitde la mélasse , et si on la traitoit comme l’épi-nette ou sapinette du Canada . L’on croit devoirà ce sujet donner quelques détails , d’après leMémoire de Kalm ( Collection académique,partie étrangère , tome XI , page 4 22 )-

Il y a deux méthodes pour fabriquer en Amé-rique cette espèce de bière d’épinette , qui se

fait avec des bourgeons d’épinette ou de spruce(pinus Canadensis ) ; mais qui peut se faireaussi bien avec les bourgeons et les baies denotre genévrier commun. Ces méthodes sont lahollandoise et la françoise.

Dans la première , on met deux barriquesd’eau sur le feu , dans une chaudière : on y jetteautant de sommités de sapin qu’on peut enprendre avec les deux mains 5 ces pousses desapin doivent être coupées menues : il en fautmoins de fraîches que lorsqu’elles sont sèches.Quand le mélange a bouilli une heure, on versel’eau dans un autre vaisseau , où elle tiédit ;alors , on y met de la lie , ou de la levure , et onlaisse fermenter. On y ajoute un demi - kilo-gramme (une livre) de sucre, pour ôter le goûtde résine. La liqueur ayant fermenté , on l’en-tonne, et on la met en bouteilles.

Cette boisson se conserve long-temps : elleest bonne et limpide comme la bière ordinaire:elle mousse beaucoup. Son goût, légèrementrésineux , 11’est pas désagréable ; elle est très-diurétique.

Les François emploient les feuillages frais,et veulent que les cônes les accompagnent. Ona une chaudière que l’on remplit d’eau et defeuillages , coupiés seulement de manière qu’ilspuissent entrer dans la chaudière , et que l’eausurnage par-dessus ; on fait bouillir et réduirele tout 5 en même temps on grille un peu de fro-ment ou de seigle , ou plutôt d’orge, ou mêmeencore du mays , comme on torréfie le café : onle jette dans la chaudière ; on y met aussi unecouple de petits pains de froment, ou de seigle,coupés par tranches. Ce froment et ce paindonnent à la liqueur une couleur brune jau-nâtre, et la rendent plus nourrissante. Lorsquela liqueur est réduite à moitié , et qu’on voitl’écorce des branches quitter le bois , on les re-tire, et on filtre par un linge ou un drap, missur un tonneau; on y ajoute, par tonneau, unkilogramme et demi ( trois livres ou un pot) desyrop , ou mélasse. La liqueur fermentée , onenlève l’écume qui s’élève à la surface. Lorsquela liqueur a cessé de bouillir, on la met en ton-neau , ou en bouteilles ; on peut en boire vingt-quatre heures après. Kalm assure que cettebière a toutes les qualités de la précédente.