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Tome II. IIe. Partie.
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DU THÉÂTRE D’AGRICULTURE.

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Il est bon d’observer que le groseiller estd’autant plus estimé dans la ci-devant Belgique ,que ses Heurs ne manquent presque jamais deformer des fruits, et qu’elles en produisent an-nuellement beaucoup. Knoop dit, dans sa Frtic-tologie (Amsterdam 1771, in-fol. avec figurescoloriées , page 1 q 3 ), qu’il n’a trouvé nulle partde groseilles meilleures , ni en plus grandeabondance, que dans les Pays-Bas, de faç. ^que ce climat semble propre à cette espèce defruits.

L’article de Burtin mérite d’être extrait etmême presque copié.

Ce fruit, dit-il, qu’on a regardé juscpi’icid’un œil assez indifférent, employé convenable-ment et multiplié en proportion de son utilité ,peut devenir une des branches les plus impor-tantes de notre économie rurale . D’abord, ilest d’une vertu égale et d’un effet moins dan-gereux dans les fièvres aigues que le citron.Beunie assure qu’il a vu , dans la petite vérole,plus d’effet des groseilles seules , que de tousles autres acides. Burtin se croit donc en droitde recommander aux médecins patriotes , unusage plus fréquent des groseilles , en les subs-tituant aux citrons et aux oranges, qui absor-bent tous les ans tant de numéraire. Il les con-seilleroit de même à ceux qui s’en servent pargoût dans leurs boissons , puisque le jus , lesyrop , et la gelée de groseilles, en fournissentd’aussi délicates , au moins , que le citron ;mais il sent que les goûts sont sans réplique ,et que la raison ne peut combattre l’habitude.

Il craint sur - tout que cette habitude , obs-tacle éternel à toute nouveauté utile , n’en soitun des plus terribles à l’introduction du vin degroseilles qu’il propose, et dont il désire ardem-ment de voir introduire l’usage. Il demande,du moins, qu’on 11e le condamne pas avant del’avoir entendu, et il raconte, à ce sujet, unehistoire assez curieuse.

a II avoit goûté , chez un de ses amis , duvin de groseilles , qu’il n’avoit pu s’empêcher detrouver excellent. Quelque-temps après , il futappelé, comme médecin , pour assister un étran-ger , qui , après avoir demeuré long-temps enEspagne , étoit venu s’établir à Etterbeeck ,pour y faire commerce en vins. Il goûta chez

Théâtre d’Jgriculture } Tome II.

lui plusieurs vins , sous des couleurs et des dé-nominations connues. Il les but avec plaisir , etrésolut d’en faire provision ; lorsque , dans lepremier moment du retour de sa santé , dans cemoment où la reconnoissance envers le médecinest encore entière, son malade lui lit la confi-dence inattendue , que tous ses vins, que l’ontrouvoit si bons , avoient pris naissance dans sacave, et ne contenoientpas une goutte de vin réel.

(Ceci est d’autant moins surprenant, qu’ily avoit autrefois à Bruxelles et à Liège , desfabriques de vins, dont les auteurs 11e dissiinu-loient nullement la nature factice ; au contraire,ils se faisoient une sorte de gloire d’afficher leurtalent. On se ressouvient d’avoir vu à Liège ,sur la porte d’une très-grande maison , ces motsécrits en très-gros caractères : Manufacturede vin de Bourgogne ; et là cette inscription11’étonnoit personne. On sait aussi qu’à Mar-seille , à Bordeaux , etc., on fabrique des vinsd’Espagne , et ces sortes de manufactures devins françois et étrangers sont assez multipliéesà Londres. )

» Burtin fut cependant très-surpris de ce quevenoit de lui révéler son malade. Il luidemandade quoi et comment étoient donc composés cesvins si bien contrefaits. On lui répondit qu’àl’exception de tel et tel de ces vins , qui étoientcomposés de raisins secs , tout le reste l’étoitavec les seuls fruits du pays. »

Cette partie de l’anecdote prouveroit queBurtin n’étoit pas un bien fin gourmet. Quelquechose qu’on puisse faire, on ne peut parvenirà déguiser assez le vin de raisins secs , ni lesvins cuits en général , pour que l’on jmisse s’yméprendre, et leur trouver la saveur et le bou-quet particulier du vin de raisins frais.

Quoi qu’il en soit, Burtin charmé de cettedécouverte, insista, près de son malade, surdes particularités ultérieures ; mais celui-ci te-noit à son secret, il reprit son sérieux, et Burtinne put en rien tirer davantage. Il résolut doncde faire quelques essais lui-même et suivit leprocédé qu’il trouva décrit dans les Nouveauxsecrets éprouvés, livre imprimé à Paris en 1768,mais qui ne remplit qu’imparfaitement son titre.Cependant le vin de groseilles obtenu par Bur-tin, sans être excellent, fut assez bon pour le

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